Anais Dautais, la créatrice slow fashion qui fait du bruit

La marque d'upcycling/ revalorisation textile Les Récupérables, ça vous dit quelque chose ? La preuve vivante qu’on peut faire d’une marque de slow fashion une griffe parisienne ultra légitime qui n’a pas à rougir devant les créateurs pointus du moment. Trublion de la mode, Anaïs casse tous les codes de la fashion sphère et illustre l’adage “Rien ne se perd, tout se transforme”.

Son modèle ? Disruptif par essence. Visez plutôt : des tissus d’ameublement de belle facture récupérés chez Emmaüs Alternatives et Le Relais Val de Seine et recyclés en pièces uniques au style parfait, le tout confectionné à Paris. En marge de la fashion week de Paris, son dernier défilé au Centre Pompidou a attiré tous les regards et intrigué les rédactrices mode avec des robes, vestes, jupes sublimes mises en vente le jour-même sur www.ulule.com. Bref, l’essence du style d’une Parisienne contemporaine, à consommer sans modération...

t shirt les recuperables

Comment êtes-vous tombée dans la marmite mode ?

La mode, c’est comme une petite musique, je l’ai toujours fredonnée. C’est petite fille, avec ma grand mère, que j’y ai goûté. Elle m’a fait coudre mes premières robes de poupées, choisir les tissus, et surtout fait économiser et réutiliser la matière. Elle m’avait fièrement expliqué comment elle s’était fait une robe dans le pantalon de mariage de mon grand-père. J’étais marquée du sceau de la récup’ !

Comment devient-on une styliste qui défile à Beaubourg à 28 ans ?

En arrivant à Paris, j’ai travaillé dans la plupart des friperies du Marais et j’y ai reçu une véritable instruction sur l’art du vintage et de la sape. Très rapidement, on m’a demandé d’être styliste pour des clips, du théâtre, des courts-métrages. Au Brésil, le royaume de la récup', je me suis nourrie de cette culture. La Ressourcerie de la Petite Rockette m’a ensuite confié une petite boutique solidaire. C’est là que j’y ai vu des montagnes de textile collectées chaque jour. Une des conséquences de notre surconsommation… J’ai ensuite réuni tous ces éléments pour créer Les Récupérables.

defile les recuperables mannequins

Quel a été le déclic pour créer votre propre label ?

Le vintage, j'adore. Mais le détourner était d'autant plus excitant, je parle donc de "Vintage Updaté". Les vêtements ont beaucoup de limites, mais le linge de maison et les chutes de tissus d'ameublement ont un potentiel dingue. A la Ressourcerie, je me suis retrouvée devant des monceaux de textiles collectés. J’ai préféré choisir le potentiel créatif de cette “perte”.

Comment avez-vous monté votre marque ?

Créer une ligne de prêt-à-porter insolente qui réinvente les codes du sourcing (collecte et achat en ressourcerie ou chez Emmaüs), de la production (ateliers d'insertion) et de distribution (vente secrète et e-shop, et bientôt distribution en multimarque qui ont une démarche/sensibilité éthique) m'est très important, afin d'avoir une approche holistique, pour ne pas dire puriste. La mode écoresponsable commence à avoir bonne presse, et c'est grâce à cette nouvelle génération qui a compris que l’équation écologie + style, ça fonctionne.

Vous vous affranchissez complètement du calendrier de la fashion week… Provocation ou révolution ?

(Sourire) Joker ? Une stratégie ! Au départ une contrainte financière, aujourd'hui j’y réfléchis… Mais ce que je trouve intéressant en étant OFF, c’est de pouvoir capter la lumière à un moment où les médias ne sont pas focus et overbookés sur le sujet. Si je m’y intègre, la marque risque d’être un astre parmi le système. Une galaxie parallèle me convient pour l’instant.

Quel est votre système de vente ?

Dans un premier temps, j’ai préféré détourner les points de vente traditionnels et créer mes propres évènements, que j’ai appelés "ventes secrètes", où j’invitais la communauté dans des lieux où on ne s’y attend pas : appartements, bars, salon de coiffure…

J’ai ensuite lancé un e-shop. La nouvelle collection est disponible sur ULULE, online avec des rendez-vous cocktails/essayages. A moyen terme, je souhaite que la marque soit distribuée dans des points de vente qui partagent l’idée que la mode peut changer comme le concept-store "le Centre Commercial" (3 rue de Marseille, Canal Saint-Martin).

polas les recuperables

© Lucie Sassiat

Une marque de mode dont le succès vous fait fantasmer ?

Alexander McQueen, dont la mode questionnait réellement les dérives de notre consommation, les déchets faisant partie de la scénographie du défilé - à la théâtralité déconcertante. Lors de notre défilé à la bibliothèque du Centre Pompidou, nous lui avons fait un honneur avec des bouches rouges débordantes. Il fallait y voir une critique de la surconsommation mode. Les bouches ont eu l’effet désiré : déranger !

alexander mc queen defile

Le marché semble saturé, comment fait-on pour émerger parmi tous ces jeune labels de mode ?

On tente de se démarquer avec sincérité. Je ne suis pas une femme de concession, je crée une ligne de prêt-à-porter qui est mode et engagée. L’idée est d’interpeller par le style, la forme mais également par l’impact socio-environnemental, le fond.

Comment définir le style pur du label Les Récupérables ?

Il y a un aspect couture, je veille à ce que le tombé soit juste pour une élégance au service du confort. Les coupes sont graphiques, la silhouette rétro-moderne. Je me mets au service de la Parisienne, mais aussi de toutes les femmes : l’audace des volumes et des imprimés qui s’accordent avec les lignes graphiques, pour lui offrir une silhouette effortless qui révèle sa personnalité.

Comment créez-vous une collection ?

Les Récupérables, c’est la mode à l’envers, c’est en chinant que je trouve des merveilles. Je déniche aussi toujours des pièces vintage iconique. Ensuite, je compose des tableaux, je gribouille des silhouettes et je présente le tout à la styliste-modéliste Bethsabée Elharrar-Lemberg qui réalise les patrons. S’ensuit une série de tests et d’essayages pour que la réalité colle à mes rêves.

croquis collections les recuperables

Où puisez-vous votre inspiration ?

La rue, comme l’a si bien exprimé Pierre Cardin, est une source inépuisable d’inspiration.

Je suis accro aux fleurs, aux carreaux, au vintage. C'est une constante que je décline au fil des saisons. Dans mon temple, il y a les icônes du cinéma en noir et blanc, Schiaparelli, les lunch boxe 50’s, les villages déserts, les galets multicolores, les peintures délavées, les nappes à fleurs, les petits riens du quotidien… Il y a aussi ma grand-mère et ses jupes culottes…

Où vous situez-vous entre la super créatrice DIY et la légitimité d'un label mode à part entière ?

Et bien, oui, je suis une autodidacte au départ, perso je dis "Do It Toi-Même" ! Mais aujourd’hui, avec les normes de la profession, pour produire une collection en petits ateliers ou en ateliers d’insertion, j’ai dû répondre aux contraintes techniques, bien loin de mes débuts où je cousais un torchon "Perroquet 50’s" sur un manteau Céline taché dans le dos…

Comment voyez-vous l'avenir ?

Le futur je le vois green, super green. Je rêve de pouvoir pérenniser la structure pour embaucher, s’installer dans des locaux (avec une banque de tissus vintage, de matières innovantes…) et trouver des points de distribution en accord avec ma démarche, pour développer la marque en France et à l’international.

Prochaine step : réussir la campagne Ulule qui va permettre de réaliseren partie ces objectifs. La marque a vocation à se diffuser comme un message, alors je vois Les Récupérables au Japon, à Londres, Berlin, NYC, San Francisco, São Paulo, Johannesburg

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Elodie Rouge

La semaine de Do It

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