L’étonnant destin de l’écrivain Diane Ducret

Etonnant parcours que celui de cette femme solaire. Auteur de best-sellers comme Femmes de Dictateurs, Diane Ducret est le nouveau phénomène littéraire français. Ironie du sort, cette blonde hitchcockienne a grandi dans une maison où la lecture était proscrite. Elle est aujourd’hui l’un des seuls écrivains français à vivre de sa plume… Son dernier roman traite d’un fait historique resté secret :celui des femmes allemandes enfermées dans des camps en France pour s’être opposées au régime nazi. L’occasion de nous parler de résilience, d’histoires de femmes et de nous expliquer comment on devient vraiment écrivain…

Écrivain, c’est une vocation ?

Étonnamment non, tout simplement parce que la lecture et l’écriture n’étaient pas quelque chose que j’envisageais. J’ai été adoptée toute jeune par mes grands-parents qui ne lisaient absolument pas. La lecture ou les activités d’esprit étaient vues comme quelque chose d’un peu inutile. Au lycée, on m’a demandé de lire Les Liaisons Dangereuses, que j’avais adoré. Quand mes grands-parents, des antiquaires, grands résistants, l’ont trouvé, j’ai été punie. Ils me l’ont enlevé parce qu’ils pensaient que c’était une lecture indécente. J’ai écrit avant d’être une grande lectrice. C’est assez étonnant.

Votre histoire est singulière...

J’étais cavalière de saut d’obstacles dans la sélection de l’équipe de France junior. Un grave accident m’a rendue handicapée… J’ai tout arrêté et je suis venue à Paris faire hypokhâgne. J’ai poursuivi par un cursus de philosophie puis par Normale Sup. Comme je m’ennuyais, j’ai commencé à écrire des documentaires pour Des Racines et des Ailes sur les reines d’Egypte. A cette époque, mon handicap s’est brusquement aggravé et je suis devenue animatrice d’une émission sur la chaîne Histoire. Femme tronc, c’était un peu la seule chose que je pouvais faire pour gagner ma vie… (Rires). Je travaillais avec Patrick Buisson qui est quelqu’un de difficile, compliqué et pas franchement féministe...

Quel a été le déclic ?

Je suis devenue écrivain tout simplement parce que je n’ai pas eu le droit de bouger pendant 6 mois. Je devais partir aux Etats-Unis pour tenter une opération du “tout pour le tout”. Pour m’occuper, j’ai commencé à écrire ce projet qui germait depuis un bout de temps : Femmes de dictateurs. J’ai pris tellement de plaisir… Je ne pouvais plus m’arrêter.

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Comment est née l’idée de ce premier bouquin ?

D’un tournage pour Des Racines et des Ailes dans le jardin anglais d’une des 5 soeurs aristos Mitford, cinq nanas incroyables pendant la guerre. La petite dernière était tombée amoureuse d’Hitler. Elle a essayé de le retrouver en avion. Quand elle a compris qu’il ne l’aimerait jamais, qu’il était déjà très entouré, elle s’est tiré une balle dans la tête sans mourir pour autant. Ça m’avait choquée, je me suis demandé comment on pouvait avoir envie de mourir d’amour pour Hitler ? C’est pas possible ! Aujourd’hui, on parle beaucoup des pervers narcissiques, et je me suis interrogée sur la limite de l’amour et le début de la pathologie, le début du syndrome de Stockholm... Je suis tombée sur quelques lettres d’amour pour Hitler et rien qu’à partir de ces lettres je me suis fantasmée la vie de ces femmes.

Comment avez-vous réussi à être publiée ?

Toutes les maisons d’éditions de Paris l’ont refusé, même en passant par des gens introduits. Sauf… La Maison Perrin. Ce qui est dingue, parce que le bouquin s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires dans le monde entier.

Écrivain est aujourd’hui votre métier. La plupart des écrivains ne vivent pas de leur plume…

Je n’avais pas vraiment le choix ! Avec mon opération réussie (je re-marchais…), la vie m’a rendu un peu ce qu’elle m’avait pris. Les gens fantasment, mais franchement, la vie d’écrivain, c’est rasoir. Quand on écrit, on devient complètement autiste. Je publie un livre par an, c’est un rythme très soutenu. Des essais comme Femmes de dictateurs qui sont hyper pointus demandent vraiment six mois de recherches non-stop.

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Toutes les histoires que vous racontez, des essais, des romans… Où puisez-vous cette inspiration ?

Je tombe dessus en regardant des documentaires, en lisant des postfaces de bouquins. L'histoire des Indésirables, c’est un lourd secret qui date des années 40 dans les Pyrénées, à 1h15 de Biarritz. Il existait des camps où étaient emprisonnées des femmes allemandes opposées au nazisme. Personne n’en a jamais parlé. Cette histoire m’obsédait. Ça faisait deux ans que j’avais envie d’écrire dessus.

Comment se passent les recherches ?

Mon secret, c’est de ne surtout pas aller à la bibliothèque… Tout le monde étudie, ce silence, ça m’angoisse ! Je commande les livres ou je les emprunte. Je rencontre des gens. Pour les Femmes de dictateurs 2, là j’ai vraiment rencontré beaucoup, beaucoup de gens : la maîtresse de Castro, de Sadam, des familles, des opposants… Il faut les trouver, lancer des pistes, se bourrer de lectures, en général pendant deux mois...

Racontez-nous comment vous écrivez.

Je m’installe pour écrire dans l’appartement de mes grands-parents à Biarritz. Je travaille sur une table toute petite mais d’où je vois la mer. Je commence à 9h jusqu’à midi, je fais ma petite pause, je mange, je vais marcher sur la plage, les pieds dans le sable et l’eau. C’est important d’écrire au milieu de la nature, qui recharge les batteries. Je reprends à 14h30 jusqu’à 19h. Pour m’aérer la tête, je me mets à regarder des séries débiles…

Après mes recherches, j’écris souvent une trame, une sorte de plan. Au fur et à mesure de l’écriture, je me surprends moi-même et me laisse aller. Pour Les indésirables, mon éditrice était étonnée après sa lecture : “Tu m’avais caché la fin…”. En fait non, je ne la connaissais pas moi-même.

Le dernier roman de Diane Ducret Les indésirables est publié aux Editions Flammarion.

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Elodie Rouge

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