Jolies découvertes, retrouvailles heureuses... La rentrée littéraire se dévore vite chez Do It in Paris. Et pour cause, votre dévouée journaliste culture vous réserve de nouvelles lectures entre un premier roman plein d’émotions sur les vies meurtries, une relecture de Jane Eyre signée Lila Hassaine ou encore une épopée dans le monde du vin par François-Henri Désérable. Zoom sur trois coups de cœur à savourer ce mois-ci.
Les courants d'arrachement d’Elise Lépine

Le pitch. Peut-on avoir "trop" vécu ? C'est la question que se pose Reine lorsqu'elle s'isole sur le "rocher des condamnés" qui, perchée ainsi, lui permet de dominer la mer. Nous sommes à Casablanca, un jour de juin 1950. La jeune femme de 24 ans a laissé sa fille Rose seule sur la plage pour se réfugier au large. La marée monte et, avec elle, tout un tas de souvenirs refont surface. Hier, Reine a appris la mort de son amant, Jean, l'homme de sa vie, avant son mariage sans amour avec un autre.
Son enfance à Lisieux au sein d'une famille nombreuse, la pauvreté, les années passées avec sa sœur chez un couple de notables juifs, la mort de leur mère, l'invitation d'un oncle au Maroc, la disparition de son amant, ses fiançailles arrangées avec François... Tout lui revient alors qu'elle prend conscience que celui dont elle attendait le retour ne viendra pas la sauver. Alors que la mer monte, rendant son retour sur la rive périlleux, Reine pleure ces moments de bonheur et s'interroge sur ce qui la retient encore en vie.
Pourquoi vous allez adorer ? Dans ce premier roman ambitieux, Elise Lépine aborde avec sensibilité les choix cornéliens que peut amener une passion contrariée. Dans un habile jeu de va-et-vient, l'écrivaine nous plonge dans le passé de Reine, de son enfance dans la pauvreté, à son adolescence dans l'opulence la plus totale, en passant par sa passion secrète avec Jean et son installation au Maroc. Avec Les courants d'arrachement, elle livre une fresque épatante, nous faisant ainsi voyager à travers la première moitié du XXe siècle.
Le Palais de François-Henri Désérable

Le pitch.12 juillet 1998. À tout juste 8 ans, Arun Kumar quitte son Delhi natal pour la Bourgogne afin d'y intégrer sa famille adoptive. Sa vie s'enracine au cœur de la campagne française, entre un père restaurateur et une mère adepte de Yoga. Mais, c'est auprès du père de son amie Margot, viticulteur passionné, qu'il rencontre sa destinée. À 12 ans, il déguste pour la première fois un vin refusé par des clients du restaurant familial… et cet étrange breuvage le passionne.
La fabrication, les coutures, le goût, les fragrances qui évoluent sous la main du vigneron, la dégustation, les ivresses, les spéculations qu'il suscite : le monde du vin se dessine sous les yeux d'Arun. Son don ? Il conserve en mémoire chaque vin goûté, reconnaissant n'importe quel millésime lors des dégustations à l'aveugle. Mais celui que l'on surnommera plus tard "le Robin des Bois bourguignon" a d'autres ambitions.
Pourquoi vous allez adorer ? François-Henri Désérable, à qui l'on doit L'Usure d'un monde, Un certain M. Piekielny ou encore Mon maître et mon vainqueur, nous entraîne dans une fresque viticole passionnante, admirablement documentée, nous menant bien au-delà de la simple beauté d'un millésime. Le Palais, c'est l'épopée rocambolesque d'un génie du vin, d'un super héros des temps modernes qui, pour remettre un peu d'ordre dans ce monde déséquilibré, pille les plus riches pour donner aux plus pauvres. Des bidonvilles de Delhi aux chicissimes salons new-yorkais, des caves de Bourgogne au tribunal de Dijon, sur les pas de ces grands crus, Arun navigue aisément et nous fait voyager avec lui.
Je de Lilia Hassaine

Le pitch. “Chacune m’a regardée depuis son époque / Chacune s’est racontée à travers moi / Mais il reste une histoire / Une histoire pas encore entendue”. Après des siècles de silence, la "folle du grenier", Antoinette, écrit pour raconter son histoire. Et quelle histoire ! Issue d'une famille créole de Jamaïque ruinée par l'abolition de l'esclavage, Antoinette voit, à tout juste 27 ans, ses perspectives d'avenir réduites à néant. Confrontée à l'hostilité des Noirs affranchis et au mépris des Européens, elle semble en passe d'être marginalisée pour ne pas avoir trouvé de mari à temps.
Alors, lorsqu'elle fait la rencontre du très British Edward Rochester, son avenir semble s'éclaircir. Pourtant, cet aristocrate possessif et manipulateur ne manque pas de défauts. C’est d’ailleurs dans l'intimité du mariage que son emprise destructrice se resserre sur Antoinette, jusqu'à la faire passer pour folle et l'enfermer dans le grenier de son sombre manoir de la campagne anglaise. “Ma chute est le fruit de dizaines de petites complicités, de silences prudents, d'intérêts mesquins ; chacun n'y met presque rien, mais de ces presque-riens se forma la prison où l'on m'enferma.” Comment la perversité a-t-elle pu s'imposer aussi facilement au sein de leur couple, s'interroge Antoinette ? Son récit en est la réponse.
Pourquoi vous allez adorer ? Avec Panorama, Lilia Hassaine livrait une géniale dystopie mettant en scène des Français vivant dans des quartiers transparents composés de maisons-vivariums. Avec Je, la voici qui s’attaque à un tout autre sujet : l'absence d'Antoinette, l'épouse séquestrée de l'aristocrate Edward Rochester, qui continue de hanter Jane Eyre. Cette relecture féministe permet en effet de donner une voix à celle qui, entre les pages du roman, vit sous les combles après avoir perdu la raison. Les violences patriarcales, la respectabilité bourgeoise sans limite, l'impact désastreux du colonialisme... L'écrivaine dissèque avec brio les mécaniques inhérentes à cette époque et livre un thriller aux accents victoriens d'une grande portée.
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