C’est la rentrée ! Place à la très attendue rentrée littéraire qui, cette année, fait la part belle aux 344 écrivains francophones sur les quelque 461 récits et romans à paraître. Autant d’auteurs à la plume bien affirmée, de retours très attendus, de premières œuvres qui intriguent autant qu’elles imposent. La team intello de Do It In Paris a fait ses devoirs de vacances et s’est chargé de faire le tri parmi ces tas de belles surprises entre un récit intriguant au cœur des montagnes, le grand retour de Laura Kasischke ou encore une enquête rondement menée pour Philippe Jaenada. Bonne lecture !
Ce que cachent les montagnes

Le bon roman : De l’autre côté du lac de Sylvain Prudhomme
Le pitch. Des montagnes abruptes, un lac d'altitude à la lisière d'une vaste réserve interdite aux humains... Au cœur de ce paysage, d'une beauté presque suspecte, est venue se réfugier une flopée de scientifiques. Dans les hauteurs, ils observent cette étrange nature, avec l'espoir de la comprendre. Parmi eux, Paola, la photographe d'expédition, aperçoit dans son objectif un détail qui semble avoir échappé au regard des autres chercheurs. Et puis, un homme est retrouvé mort après une chute sur un sommet réputé dangereux. Accident, imprudence, signe avant-coureur ?
L'observation se mue en obsession et la photographe décide de rester seule là-haut. Quelques mois plus tard, c'est elle qui disparaît à son tour. Le narrateur, un homme qu'elle avait rencontré au détour d'un chemin, part à sa recherche. Il revient sur ses gestes, ses photographies, ses habitudes, des carnets oubliés dans un refuge, des paroles laissées à ses compagnons de route. À mesure que la vallée se dessine, le mystère s'épaissit.
Pourquoi vous allez adorer. De l'autre côté du lac pourrait tout à la fois s'inscrire dans le genre du thriller, par sa tension narrative, et du nature writing, par la force des descriptions de cette nature merveilleuse. Sylvain Prudhomme (Par les routes, Coyote...) oscille, avec ce qu'il faut d'élégance, entre récit amoureux, mystère montagnard et conte philosophique, le tout sans perdre son lecteur en route. Chapitres courts, photos de la vallée prises par la photographe, cartes et croquis : la recherche du narrateur s'apparente presque plus à une tentative de composer le portrait d'une femme aimée. Un récit haletant, tout en poésie.
Le récit d’un Maigret contemporain

Le bon roman : L’inconnue du quai de Javel de Philippe Jaenada
Le pitch. Ceci est une histoire vraie. Le 7 septembre 1949, Louise Cansot, modèle très appréciée des peintres de Montparnasse dans le Paris des années d'après-guerre, est retrouvée étranglée sur les quais, près de la Maison de la Radio. Après plusieurs mois d'investigations, de témoignages, de pistes explorées, l'inspecteur Ferrière jette l'éponge et l'enquête est classée sans suite. Plus de 70 ans plus tard, Philippe Jaenada se glisse dans la peau du célèbre enquêteur de Georges Simenon, et reprend là où les recherches se sont arrêtées.
Maigret déclare : "Je connaîtrai l'assassin quand je connaîtrai bien la victime", une brèche dans laquelle l'écrivain s'est empressé de s'engouffrer. Il fouille les archives nationales, retourne sur les lieux du crime, arpente les quartiers sur les pas de chaque protagoniste de l'affaire, mettant son nez dans les histoires de tous ceux qui ont approché de près ou de loin Louise Cansot. Si le temps a effacé des preuves et emporté les témoins, il a aussi débarrassé le dossier d'une partie des préjugés qui en orientaient la lecture, permettant à Philippe Jaenada d'obtenir une photographie nette de l'affaire, et de rendre toutes ses couleurs au portrait de Louise Cansot.
Pourquoi vous allez adorer. Impressionnant, ce travail de recherche qu'a livré l'auteur pour redonner un visage et une voix à cette jeune femme ayant véritablement disparu il y a près de 80 ans ! Avec L'Inconnue du quai de Javel, Philippe Jaenada livre une enquête littéraire hors du commun et s'impose en maître du true crime à la française. Le récit est marqué par une exigence absolue de vérité dans ses enquêtes historiques. Un détail, une incohérence, une phrase presque anodine dans une déposition peuvent ouvrir une brèche dans laquelle l'auteur s'engouffre volontiers... et avec succès, puisqu'il résout finalement ce qui avait été abandonné. L'écrivain réhabilite ainsi la mémoire d'une femme broyée par les préjugés de son époque, qui intéressait bien plus par ses mœurs que par la violence de sa mort. Un texte profondément humain, plein d'humour, de tendresse et de féminisme feutré.
Le roman d’un drame décortiqué

Le bon roman : Baignade surveillée de Laura Kasischke
Le pitch. Dès les premières lignes, le drame est annoncé : le petit Richie va mourir noyé dans la piscine municipale, sous la surveillance de la maître-nageuse. Le petit garçon avait insisté pour se rendre dans ce repère estival de tous les enfants du quartier au sein de cette banlieue paisible de Mission Hills, dans le Michigan. Puis l'eau, plus sombre à mesure que le bassin se fait plus profond, est devenue tellement hypnotisante. Si seulement quelqu'un l'avait vu à temps...
Pourtant, cette journée de juillet 1969 avait débuté de la plus extraordinaire des manières puisque le monde assistait au départ du premier homme vers la lune. Qui est coupable de cette journée cauchemardesque, de cette vie gâchée ? La maître nageuse, une bimbo sans cervelle selon le voisinage, qui n'a su empêcher le drame ? Les mères de famille qui auraient dû ouvrir l'œil ? Au fil des pages, on remonte le fil des évènements, les premiers pas de l'homme sur la Lune et les dernières brasses d'un petit garçon.
Pourquoi vous allez adorer. Baignade surveillée signe le grand retour de la formidable poétesse et romancière américaine Laura Kasischke, dont on attendait désespérément le retour depuis la parution de son premier roman Un oiseau blanc dans le blizzard en 2014. L'auteure excelle dans la description minutieuse de la vie quotidienne des gens ordinaires, et ce roman choral au suspense haletant n'y fait pas exception. Ici, elle décortique avec habilité leurs pensées, leurs fragilités et les conséquences que cette journée aura sur leur existence : le drame sert de point de départ à l'exploration d'une société humaine. Brillant !
Un thriller post apocalyptique

Le bon roman : Burn de Peter Heller
Le pitch. Chaque automne, Jess et Storey, deux amis d'enfance, se retrouvent pour camper. Chaque année, le même rituel : ils se coupent du monde extérieur, dorment à la belle étoile, chassent et se ressourcent dans l'immensité des forêts du Maine. Après plusieurs jours d'autarcie, et alors qu'ils reprennent la voiture, ils découvrent un monde ravagé par les flammes en prise à la violence et au chaos. Les villes qu'ils traversent sont réduites en cendres, les maisons ont été pillées et laissées à l'abandon, tout semble avoir été déserté de toute présence humaine.
Confrontés à l’incertitude, à la peur, et bientôt pris pour cible par des tireurs, ils doivent continuer à avancer dans le sillage d'une catastrophe toujours en cours, apprendre à survivre tout en cherchant un moyen de rentrer chez eux. Alors que les deux hommes volent un bateau pour tenter de traverser un lac, ils tombent nez à nez avec une petite fille de 5 ans. Leur mission désormais sera de l'aider à retrouver les siens.
Pourquoi vous allez adorer. Peter Heller, écrivain de "plein air", à qui l'on doit notamment La Constellation du chien, La rivière ou encore La Pommeraie, a l'art et la manière de camper une atmosphère, un décor. Avec Burn, il livre un thriller contemplatif au cœur d’une nature à couper le souffle. À travers ce roman, à la fois haletant et introspectif, il célèbre l’amitié, la famille, et met surtout en garde contre les dangers de la division, et à ce que l’Homme est prêt à faire pour défendre ses idéaux.
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