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L’interview romantique de Golshifteh Farahani

L'interview de Golshifteh Farahani

Dans la vie, Golshifteh Farahani troque volontiers les stilettos de tapis rouge contre les pieds nus dans son jardin à Ibiza. Pour Les filles du soleil d’Eva Husson, elle campe une Yézidie rescapée de Daesh qui prend les armes avec un bataillon 100 % féminin, pour défendre sa ville et récupérer son fils. Un film poignant de plus pour cette exilée iranienne qui s’est battue pour retrouver sa liberté de femme. On a voulu en savoir plus sur ce mystère du cinéma, aussi glam’ que coolissime...

Extrait du film les filles du soleil avec Golshifteh Farahani et Emmanuelle Bercot

Dans Les filles du soleil, vous êtes le leader d’une équipe de super-héroïnes. Et vous, quelle Wonder Woman vous inspire ?

L’histoire des femmes en général, de celles qui n’ont pas accepté la situation qu’on leur imposait, m’a beaucoup inspirée. Mais si je dois donner un exemple, j’aime beaucoup Marlène Dietrich. Pour tout ce qu’elle faisait, son caractère dans le monde de l’époque centré sur l'objectification des femmes… Il suffit de regarder Marilyn Monroe, qui était objet de désir, alors que Marlène Dietrich était plutôt sujet de désir. Elle a toujours refusé d’être juste mignonne.

photo en noir et blanc de Marlene Dietrich

Il paraît que vous retapez votre maison vous-même ? Vous êtes du genre bricoleuse ?

C’est la première fois que je fais ça ! J’ai hâte que ce soit fini. J’adore, mais c’est dur. Je préfère jouer de la musique et aller au cinéma. Mais c’est extraordinaire de travailler avec la pierre et la terre. Quand je dois gérer les travaux à distance, c’est un peu stressant. Mais sur place, quand je vais acheter de la pierre, des robinets et des trucs comme ça, c’est génial.

Vous partagez désormais votre vie entre Porto et Ibiza. Pourquoi avoir quitté Paris ?

J’ai besoin d’être près de la nature et du soleil. Je suis le soleil ! Je suis obligée d’avoir l’impression d’être toujours en vacances quand je rentre chez moi.

Et vous avez appris la langue ?

Non, j’en ai marre ! Le portugais de Porto, c’est trop compliqué, plus difficile à comprendre qu’au Brésil par exemple. Tant pis, je me dis que ce n’est pas si grave si je ne parle pas la langue. Et à Ibiza, on parle tous anglais ou avec le langage du cœur. Ce n’est même pas la peine d’avoir un nom à Ibiza ! C’est ce côté nomade que tout le monde a là-bas qui me plait.

Ces lieux vous inspirent ?

Oui, surtout ce côté bohémien. Au Portugal, il y a une communauté qu’on appelle gipsy jet set, dans un lieu où se retrouvent tous les exilés du monde. Dans ce genre de communauté, il n’y a pas besoin de flics parce que tout le monde respecte tout. La loi n’est écrite que dans la conscience collective. J’ai trouvé mon équilibre dans cet endroit qui n’appartient à personne, en fait.

vue, panorama Ibiza

Vous êtes strass et paillettes ou thé vert et legging ?

Je suis vraiment deux personnages complètement différents. 50 % Mowgli du Livre de la jungle, pieds nus, et 50 % cinéma avec tout ce qui vient avec. L’un ne peut pas exister sans l’autre. Mais les gens de ces deux mondes-là ne se rencontrent jamais. Ceux de chez moi ne peuvent même pas imaginer que j’ai une vie comme ça à côté, et même que je me maquille ! Normalement, je ne me maquille jamais, je suis vraiment un clochard, je m’en fous de tout.

Et en même temps, je sais bien jouer le jeu de l’actrice et de la poupée. C’est génial ! L’un existe à cause de l’autre. Si j’étais obligée de rester coincée dans l’un ou l’autre, je n’y arriverais pas. Je respire dans chaque monde en sachant que l’autre existe.

Du coup, quel est votre uniforme au quotidien ?

Ça dépend de la saison. En fait, j’enfile tout ce qui est le plus facile à attraper dans l’armoire ! L’été, je passe ma vie dans des robes confortables. On l’enfile juste, et on est déjà prête, sans besoin de rien d’autre. J’aime ces robes-là. C’est une copine à moi qui les fait, la marque s’appelle Volantis.

Golshifteh Farahani pour la marque Volantis

Vous jouez dans le clip Paradis d’Orelsan, qui parle d’un amour plein, entier. Est-ce que vous partagez cette vision idéalisée du couple ?

Oui. J’aime la romance. J’aurais pu être du signe du lion, qui apprécie l’exclusivité. Pour moi, l’amour c’est quelque chose de très exclusif. Il y a un grand gap entre le placement de mes partenaires et le reste du monde. Je les mets vraiment au-delà de tout. Même du cinéma. L’amour, c’est un placement un peu fou. On dirait que toute ma chair est faite d’amour. J’aime aimer, j’aime l’amour, je suis amoureuse d’être amoureuse.

Golshifteh Farahani dans le clip Paradise d'Orelsan

Ça veut dire que vous seriez prête à arrêter le cinéma si un homme vous le demandait ?

Ça n’arriverait pas ! Personne ne va me le demander. Je ne peux pas tomber sur quelqu’un qui me demanderait ça. Mais ma vie ne tourne pas forcément tout le temps autour du cinéma. En fait, parfois je rêve d’être une bobonne dans une maison. Être une femme de maison, m’occuper des enfants. Mais juste pour deux heures, sinon je vais mourir ! (rires) Ça me fait fantasmer, mais je crois que ça ne va jamais vraiment m’arriver.

Après avoir incarné Anna Karénine au théâtre à Paris, avez-vous prévu de retourner sur les planches ?

Ça dépend. À ce moment précis de ma vie, quitte à retourner sur scène, je préférerais chanter. Être moi-même, plutôt que de jouer quelqu’un d’autre. J’ai eu beaucoup de propositions de théâtre après Anna Karénine. Mon père vient du théâtre, ce qui explique peut-être que je sois beaucoup plus “picky”. Je voudrais faire ressortir un côté beaucoup plus animal.

Les filles du soleil, en salles le 21 novembre.

Découvrez aussi l’interview sans tabou d’Anne-Sophie Girard et l’interview super maman d’Audrey Lamy.

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