Expo : dans l’œil et la vie de Nan Goldin

Rendez-vous au Grand Palais pour plonger dans l’univers brut et magnifique de This Will Not End Well, la première rétrospective française de Nan Goldin, l'icône absolue de la photographie contemporaine. Considérée comme l’une des artistes les plus influentes de notre époque, la photographe américaine se révèle ici en tant que cinéaste. À travers six installations qui retracent plus de cinquante ans de sa vie, le spectateur est invité à vivre l’expérience par le biais d’une exposition qui met en lumière l’intimité sans filtre de sa vie et de celle de son entourage.

 

L’histoire d’une vie à travers le 7e art

Le visiteur est invité à évoluer dans une atmosphère sombre, presque à tâtons, dans laquelle émergent 6 pavillons qui accueillent les projections. L’exposition est uniquement composée de diaporamas alternant photographies, images d’archives et bande-sonore éclectique avec un même fil rouge qui les relie : révéler les instants fugaces du quotidien pour un résultat bouleversant. 

Au cœur de cette rétrospective trône The Ballad of Sexual Dependency (1981-2022), la pièce maîtresse de l’artiste et le reflet de l’ensemble de son travail. On s’installe devant plus de 700 images, brutes, frontales, parfois difficiles, où l’artiste met à nu son cercle intime. Des visages, des corps, des histoires sans filtre. Goldin affirme : “C’est le journal que je laisse lire aux autres. [...] Ce sont donc mes relations personnelles et non pas mon sens de l’observation qui ont inspiré ces photographies.” Et derrière cette œuvre, une réalité qui bouleverse : celle d’une génération fauchée par le sida. Le diaporama devient alors un espace de mémoire, un hommage à tous ses amis, sa communauté décimée par la maladie. 

Le choix du diaporama comme support n’est pas anodin. Toujours en mouvement, jamais figé, il fait de ces projections des travaux en constante évolution. Elle n’a jamais projeté deux fois la même version, un peu comme une métaphore de sa vision changeante du monde. 

 

Documenter la vie d’une communauté 

Drogue, sexe et dépendance : Nan Goldin lève le voile sur ces sujets souvent considérés comme tabous. Elle grandit au cœur d’une communauté queer, encore considérée marginale pendant les années 80, devenue un terrain brut qui nourrit toute son œuvre. Les diaporamas qu’elle imagine se découpent en chapitres allant de l’identité de genre aux violences faites aux femmes, en passant par les fêtes, les relations sexuelles et la prise de drogues. Avec la projection The Other Side (1992-2021), elle rend hommage à ses amis transgenres avec lesquels elle a vécu et grandi, et pour qui elle éprouvait une profonde fascination. 

Il faut avoir le cœur solidement accroché pour affronter Memory Lost. Ce diaporama nous entraîne sans détour dans l’enfer de l’addiction aux opiacées – dépendance que Goldin a elle-même traversée. Son ambition est claire : secouer les consciences et révéler, sans filtre, le quotidien brutal de ces communautés marginales.

Enfin, impossible de ne pas mettre la lumière sur Stendhal’s Syndrome. Cette projection vertigineuse joue la mise en abîme et explore la scopophilie, cette fascination troublante face à l’art. À travers une succession de photographies personnelles et de peintures de mythes antiques, le doute s’installe et on ne sait plus distinguer les photos des toiles. Goldin parvient avec une finesse absolue à mêler six des métamorphoses d’Ovide à sa propre vie et celle de ses proches. Étreintes, poses amoureuses et fragments du quotidien se mêlent à la mythologie pour proposer une œuvre intemporelle nous laissant face à notre fascination personnelle. 

Avec This Will Not End Well, Nan Goldin ne se contente pas d’exposer son travail : elle nous embarque dans une traversée sensorielle, intime et profondément engagée. Entre douleur, amour, désespoir et résilience, chaque projection agit comme un fragment de vie arraché au réel. On ressort de cette immersion secoué, parfois mal à l’aise, mais surtout transformé, avec l’impression d’avoir partagé, le temps d’un instant suspendu, le regard d’une artiste qui n’a jamais cessé de documenter la vérité, aussi crue soit-elle.

Nan Goldin -This Will Not End Well. Du 18 mars au 21 juin au Grand Palais. Du mardi au dimanche, de 10h à 19h30. Nocturne le vendredi jusqu’à 22h

© Nan Goldin 

 

Découvrez aussi L’esthétique rococo s’invite au Palais Galliera et La Renaissance sous le feu des projecteurs

écrit par

Autres suggestions

La semaine de Do It

Inscrivez-vous à notre newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter