L’expo sur la mode africaine qui électrise Paris

© Stephen Tayo / musée du Quai Branly-Jacques Chirac, photo: Eric Sander / musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Léo Delafontaine

À l’occasion de son vingtième anniversaire, le musée du Quai Branly - Jacques Chirac accueille jusqu’au 12 juillet Africa Fashion, une exposition conçue par le Victoria and Albert Museum de Londres qui retrace l’histoire de la mode africaine. Depuis les années 50 jusqu’à aujourd’hui, son parcours tisse des liens entre héritages traditionnels et créations contemporaines. Au programme : couleurs flamboyantes, textiles riches, bijoux aux détails minutieux et collection de photographies créent un dialogue entre les archives du musée et les grands designers de la scène africaine moderne. 

 

Une créativité sans limite 

© musée du quai Branly, photo Thierry Ollivier, Michel Urtado / musée du quai Branly Samuel Fosso  / musée du quai Branly, photo Léo Delafontaine

Le nom même de l’exposition, Africa Fashion, une formulation intentionnellement vague, fait référence à cette complexité, cette diversité et cette richesse”, explique Christine Checinska, commissaire de l’exposition. Longtemps ignorée, la mode africaine reprend la place qui lui est due et nous en met plein les yeux. Le parcours s’ouvre sur une impressionnante frise chronologique qui retrace l’histoire du continent depuis la décolonisation à partir des années 1950. Les arts visuels et textiles deviennent alors un moyen de faire passer un message, d’affirmer son identité ou son appartenance à une communauté.  

Dans la salle suivante, ce sont les photographies qui sont mises à l’honneur. Gros coup de cœur pour les clichés de James Barnor et Arthur H.Downes, pionniers de la photographie en couleur, qui mettent à l’honneur la beauté des femmes noires, sous-représentées dans le milieu de la photographie des années 60-70. On y retrouve notamment la photographie Assistante du magasin Sick-Hagemeyer avec des bidons : ce nouveau guide des couleurs explose le "standard blanc" imposé par la Shirley Card de Kodak, offrant enfin une juste représentation des peaux noires. On se laisse hypnotiser par la sublime collection des Mannequins de Warri par Downes, de grandes images qui jouent avec les nuances de rose pour mettre en lumière des mannequins africaines, vêtues de robes hautes en couleurs aux motifs typiques et vibrants des sixties. 

Côté mode, lumière sur Shade Thomas-Fahm, la première fashion designer du Nigeria qui, à travers ses créations, célèbre dès les 60’s les tissus traditionnels nigérians comme l’àdìrẹ (“nouer et teindre”) et l’akwete (textile tissé à la main), des tissus aux motifs complexes porteurs de sens. Shade fait de ses créations des vêtements modernes et cosmopolites, alors portés par des diplomates et des membres de la royauté. En bref : une véritable boss lady. 

 

Refaçonner les codes occidentaux 

Direction le cœur de l’exposition pour une immersion totale dans la haute couture africaine. Projections colorées, bande-son vibrante et des dizaines de mannequins remplissent la salle, donnant vie à la collection Afrotopia, une célébration moderne et décomplexée des héritages de la diaspora, du Maroc à l’Afrique du Sud. La haute couture fait le show, et quel show ! Froufrous flamboyants, cuir pailleté et messages militants sur les ensembles : la mode africaine s'impose comme un manifeste identitaire, puissant et terriblement désirable.

Zoom sur l'ensemble pailleté signé Nao Serati, marque de mode avant-gardiste basée à Johannesburg. Son objectif ? Inspirer joie et créativité tout en jouant avec les frontières du genre. Des pattes d’éph’ jusqu’au bout du bob, le tissu irisé célèbre la fluidité des genres et l’amour de soi. On s’arrête devant l'impressionnante création de Maison Artc, une robe en transparence sur laquelle sont brodées de nombreuses mains aux positions variées qui se place comme “un pont entre la mode traditionnelle et contemporaine”. Ultime coup de cœur pour les pièces d’Adebayo Oke-Lawal, un designer rwandais qui s’amuse à renverser les stéréotypes, déconstruire la masculinité et éveiller les consciences à travers son sweat Hear Me et sa jupe portefeuille en crochet, taillée dans une pièce unique et fermée par un simple bouton. Avec ses jupes signature, Oke-Lawal dynamite les genres tout en rendant un hommage à l'importance historique de l'iro (pagne) dans la mode nigériane.

 

Et pour finir en beauté…

© musée du quai Branly, photo Claude Germain / musée du quai Branly, photo Léo Delafontaine / musée du quai Branly, photo Tim Franco

En sortant de cette immersion unique dans la création artistique africaine, on passe voir l’exposition sur le parcours de Kwame Akoto, aka Almighty God : un prédicateur ghanéen aux œuvres parlantes et hautes en couleur. Une exposition marquante sur son parcours en tant qu’artiste, marquée par sa foi et son engagement spirituel. Et pour clôturer cette visite au Quai Branly, on se rend à l’étage jeter un coup d’œil à L’esprit du temps, Paris célèbre les arts d’Afrique et d’Océanie, une exposition temporaire qui relate la fascination des années 1910-1920 envers les cultures non-occidentales. 

Africa Fashion  jusqu’au 12 juillet. Kwame Akoto, Almighty God Art Works jusqu’au 6 septembre. Billet musée - 14 €. L’esprit du temps, jusqu’au 20 septembre. Billet musée - 14 €

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