La vraie vie d’une agent de stars

© Vincent Flouret / Canal+

Elle est l’ange gardien de
Christian Clavier, Charlotte Gabris, Elsa Zylberstein, Aure Atika, Richard Berry, Antoine Duléry ou encore Mathilde Seigner. Passée de reine de la comm’ à agent artistique, Alexandra Schamis ne vient pas du sérail et fait figure d’exception.

Cérémonie des César oblige, on la retrouve mercredi soir dans la dernière émission de Michel Denisot Profession : agent artistique, accompagnée de pointures du secteur, Dominique Besnehard en tête. L’occasion de revenir avec elle sur ce métier de l’ombre, récemment passé à la lumière grâce à la série 10 pour cent.



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Comment devient-on agent de star ?

Je travaillais de manière très étroite avec les talents via mon agence de comm’ AS Communication, que j’ai toujours. Je faisais beaucoup de go-between entre les producteurs, les projets, les acteurs, les gens de one-man, je faisais venir les professionnels à leurs spectacles, je savais qu’untel ou untel avait un film en préparation, etc. À force, je me suis demandé pourquoi je ne le ferais pas directement. C’est Franck Dubosc, mon premier talent - avec qui je travaille depuis 20 ans, qui m’a d’ailleurs conseillé de me lancer.

© SND

Comment vous êtes-vous lancée ?

À l’époque, il y avait un système de licence d’agent, qui était difficile à obtenir. D’abord, il fallait passer devant le Ministère du travail. Mais surtout, c’était la dirigeante du syndicat ET de l’agence Artmedia (qui avait alors le monopole), qui vous permettait d’avoir la licence. On m’a fait comprendre que je ne l’aurai pas. Artmedia a essayé de m’acheter pour que je puisse avoir cette licence. Je n’ai pas cédé à ça. Mon avocat m’a conseillé d’attendre l’harmonisation avec les lois européennes. Six ou huit mois plus tard, il n’y avait plus de licence obligatoire.

C’était un peu une forme de mafia, donc ?

Oui. Ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous ne serez pas contre nous. C’était vraiment des méthodes de voyous, en fait. Artmedia existe toujours, mais n’a plus du tout la puissance de l’époque. C’était un groupe d’agences, c’est devenu une agence de taille très moyenne, et qui a d’ailleurs été rachetée par ses salariés. D’autres ont monté leurs propres agences.

Le cinéma, c’est un monde cruel ?

Un monde extrêmement cruel, qui fait et défait la mode. Les modes, c’est une chose, mais la pérennité d'une carrière en est une autre. Il y a des moments dans la carrière des acteurs où ils passent des caps, des âges. Celui qui jouait le jeune premier ne le peut plus dix ans plus tard. Une actrice qui jouait sur son physique n’a pas le même emploi à 40 ans. C’est ce moment qui est difficile à comprendre, quand le métier vous tourne le dos. Là, il faut se battre vite pour mettre en avant les qualités des uns et des autres. Je considère qu’un acteur qui a une carrière en aura toujours une, même si à un moment il n’est plus à la mode. Et ça se vérifie.

La série Dix pour cent est plausible selon vous ?

Oui ! Je trouve très sympathique que les acteurs se moquent d’eux-mêmes, avec audace et second degré. Souvent, ils interprètent un défaut ou une histoire qui est arrivée à d’autres. C’est d’ailleurs plus facile pour eux à jouer que si ça leur était arrivé ! Quand Cécile de France veut se faire des injections dans la série, ce n’est pas du tout d’elle dont on parle, mais d’une autre ! Pareil pour Monica Bellucci qui veut absolument avoir une histoire avec son agent… Tout cela est arrivé en vrai, mais pas à ceux qui les interprètent.

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Votre talent Gérard Lanvin a joué dans la série. Vous lui avez conseillé de le faire ?

Ah oui ! Moi j’étais très pour. J’ai reçu les textes et en ai parlé avec Gérard, avec Dominique Besnehard (ancien agent et créateur de la série, ndlr), beaucoup, et Christophe Lambert qui a également joué dans la saison 2. Pourquoi pas dans la prochaine, on en discute avec des gens qui ont envie de tourner. Ceux qui jouent dedans sont déjà très connus et ne le font pas pour se montrer. Ce qui est intéressant, c’est de faire quelque chose d’inédit : interpréter le rôle d’un autre, en son propre nom.

© Christophe BRACHET - MONVOISIN PRODUCTIONS / MOTHER PRODUCTIONS /FTV

Qu’est-ce qui fait la différence pour attirer un talent vers soi ?

Tout simplement, quand ils ne sont pas contents ailleurs ou qu’ils ont besoin d’un regard neuf après des années passées avec le même agent. C’est parfois aussi bête que ça ! Ce n’est pas forcément parce que le précédent a démérité. Cela peut venir d’un changement dans la vie personnelle aussi, un divorce par exemple, où la personne a envie de nouveauté.

Comment démarchez-vous un nouvel acteur ?

C’est une histoire de rencontres. Quand nous remarquons un jeune talent dans un film, nous allons le voir dans un festival pour lui expliquer pourquoi on a envie de travailler avec lui, parce qu’on a une vision, une affinité artistique. Moi, je pense que pour gagner la confiance d’un talent, il faut le mettre face à lui-même avec bienveillance et conviction, et parfois autorité.

Comment crée-t-on une vraie relation de confiance avec ses talents ?

Il faut avoir une petite longueur d’avance sur eux. Être audacieux et osé presque avant eux. Les projets, on les reçoit mais on va aussi beaucoup les chercher. Il s’agit de savoir quel projet est en cours, de proposer le talent au producteur, suggérer en amont. C’est aussi une question de réseau et de cohérence. Même si la concurrence existe, en fait on se rend compte qu’il n’y a pas tant de possibilités que ça pour un même rôle. Chacun a sa spécificité.

Comment gérez-vous le stress de vos acteurs Lors de cérémonies comme les César ?

Cela passe par des discussions, un besoin de rassurer… Il n’y pas la même pression chez les hommes et les femmes. En plus de la possibilité de gagner ou de perdre un prix, une femme doit penser à tout ! À sa robe, son maquillage, sa coiffure Tout à coup, on peut trouver qu’elle est moche, qu’elle est ringarde, que sa robe est trop courte ou pas assez… Bref, des choses auxquelles les hommes ne pensent pas du tout. Ce qui est de pire en pire aujourd’hui, avec les réseaux sociaux et la presse people. Bien sûr, elles ne se posent pas la question de leur tenue si elles ont un contrat de marque et savent qu’elles vont s’habiller chez Givenchy ou Balmain.

Vous dites que vous auriez adoré représenter Louis de Funès. Vous préférez les acteurs “comiques” ?

J’adore la comédie, je pense que c’est un genre extrêmement difficile. C’est très difficile de jouer la comédie, mais ce n’est pas reconnu comme tel. Christian Clavier vous dirait que “C’est 10 fois plus difficile de faire rire que de faire pleurer”. C’est vrai ! J’ai beaucoup d'admiration pour lui, je trouve que c’est un acteur éblouissant et assez unique dans son énergie et dans son genre. Si j’ai dit ça à propos de Louis de Funès, c’est parce que je vois une certaine filiation entre les deux. Les journalistes l’ont beaucoup dit, d’ailleurs.

Profession : Agent artistique, le mercredi 20 février à 22H55 sur CANAL+.

Découvrez aussi l’interview de l’humoriste Anne-Sophie Girard et de Golshifteh Farahani.

Clémence Renoux

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