Selfie : notre addiction digitale disséquée au cinéma

Dans 5 saynètes qui croquent avec brio notre addiction à la connexion, une pléiade d’acteurs nous font rire et réfléchir à notre folie.

Il faut le savoir, Selfie est un film à sketchs. Comme Les secrets professionnels du professeur Afelgluk en son temps, Les Infidèles ou les Monty Python. Bref, une série de petites histoires tournant autour du même thème. Ici, en l’occurrence, nos folles vies connectées, et leurs dérives. On aime ou on n’aime pas le genre, mais il ne s’agirait pas de partir bille en tête avec la certitude de plonger dans une longue et unique histoire, parce qu’on serait alors déçu.

Passé cet éventuel blocage, les aficionados retrouveront avec bonheur les têtes d’affiche de l’humour français, à commencer par la trop rare Blanche Gardin (Jésus dans la Cène, sur l’affiche que vous avez vue partout dans Paris), Manu Payet, Max Boublil (qui fait un beau doublé avec Play), Fanny Sidney (la fille de Mathias dans Dix pour cent) et Elsa Zylberstein.

Tinder, Amazon, les vlogueurs…

Cinq histoires, c’est cinq manières d’aborder nos névroses, et cinq comportements à épingler. Le film ouvre sur Blanche Gardin, youtubeuse par la force des choses depuis qu’on a diagnostiqué à son fils une maladie orpheline. Pour le soutenir, papa et maman font des vidéos ultra kitch du pauvre petit en famille dans son parcours hospitalier, caméra au poing, au grand désespoir de leurs aînés. Devenus “influenceurs”, les Perez comptent les likes, entassent les cadeaux, préparent leur voyage à Los Angeles jusqu’à ce que… Luca guérisse.

Bande Annonce du film Selfie avec Manu Payet, Max Boublil, Fanny Sidney, Elsa Zylberstein, Finnegan Oldfield et Blanche Gardin

Un premier sketch ultra grinçant (blanchegardien, dirait-on) et franchement drôle sur des individus qui évaluent leur valeur et l’amour qu’ils suscitent à l’aune du nombre de pouces verts qu’ils récoltent. Elsa Zylberstein, elle, est une prof old school qui découvre la twittosphère grâce à ses élèves (mention spéciale à la love story avec Max Boublil, mignonne et révélatrice de nos amours connectées). Manu Payet est rendu fou par l’algorithme d’Amazon, dont il a décidé de croire toutes les recommandations. Finnegan Oldfield, monsieur 2,8 sur Smilove (Tinder), tente de faire remonter sa note pour choper de meilleures meufs alors que le film se clôt sur un mariage au bout du monde où les invités, rendus fous par la déconnexion forcée, finissent par découvrir une apocalypse numérique.

On a aimé

  • Les fulgurance des auteurs sur un sujet qu’il convenait de traiter avec impertinence et esprit. Le pari est réussi.

  • Les jeux de Blanche Gardin et de Maxence Tual, aka monsieur Perez, parfaits en couple en mal de notoriété digitale, pas contre une sex-tape s’il ne suffisait que ça pour leur rendre leurs likes.

  • Elsa Zylberstein qui se défait peu à peu de son image d’actrice de films d’auteurs, et lâche merveilleusement les chevaux dans des comédies bien choisies.

  • Le teaser du film pour les réseaux sociaux, à voir absolument.

On a regretté

  • L’intérêt inégal pour chacune des histoires (l’écueil du film à sketch).

  • Une fin un peu rocambolesque dont il ne faudrait pas qu’elle fasse oublier les subtilités et les éclats de rire qui l’ont précédée.

 

Découvrez aussi la rétrospective Godard à la cinémathèque et l'opéra insolite dans le parking de Beaubourg.

Adèle Bréau

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