Olivia Côte : “Maman ou putain ? Heureusement, on a évolué !”

Dans le film La Fête des Mères, l’actrice Olivia Côte incarne une prof qui fricote avec l’un de ses élèves et qui ne veut pas d’enfant. Découverte dans Vous les femmes ou en Gentille Organisatrice loufoque dans Larguées, rencontre avec une quadra qui en jette.

larguees

Olivia Côte dans Larguées, Pathé Distribution, 2017

Après Telle Mère, telle fille, on vous retrouve dans La Fête des Mères. Hasard, ou la relation mère/fille est un thème qui vous titille ?

C’est un pur hasard car tous les thèmes m’intéressent. Le monde en général me passionne, l’humanité me fascine donc tout m’intéresse.

La pression sociale sur les femmes qui ne veulent pas avoir d’enfant, vous en pensez quoi ?

olivia cote la fete des meres

Moi, je la subis car je n’ai pas d’enfant. Maintenant à 43 ans, je le vis beaucoup mieux parce que je suis devenue philosophe (rires). Mais ça n’a pas toujours été facile, entre mes 35 et mes 40 ans, j’avais l’impression qu’on m’envoyait des petits coups de lanière en cuir sur le visage quand on me parlait du fait que je n’avais pas d’enfant.

Quand on me posait la question et que je répondais que je n’en avais pas, il y avait beaucoup d’empathie dans le regard puisque certains préféraient croire que je n’arrivais pas à en faire. Et si les gens se disaient que je ne voulais pas en faire, j’étais vraiment considérée comme un être dégoûtant, une montagne d'égoïsme. Mais maintenant ça va, je ne le prends plus pour une lanière, je ne sens plus rien, je suis devenue assez hermétique à ce regard posé sur moi.

Mère et actrice à succès, mère et présidente, mère et PDGette, les femmes qui endossent les deux rôles sont souvent sujettes aux critiques. Est-ce que pour vous c’est facilement compatible ?

Je pense que cela peut devenir compatible. Il y a un proverbe africain qui est formidable : “Pour élever un enfant, il faut tout un village”. Si tout d’un coup l’homme sort un peu de la maison et la femme aussi, ça n’empêche pas que l’enfant soit malgré tout entouré d’amour, de soutien, d’écoute, d’éducation. Il est vrai que c’est un sujet très épineux, parce qu'évidemment le côté “Pourquoi tu fais des enfants si c’est pour que ta nounou l’élève”, c’est encore crispant de nos jours. Moi je n’ai pas d’enfant, donc je ne le subis pas, mais par exemple je le constate par mes amies qui ont des vies très prenantes professionnellement. Je sens le même regard presque même plus sévère sur elles que sur moi.

Il faut vraiment que ça évolue, que ca s’assouplisse, parce qu’il faut que les femmes puissent continuer à aller travailler, à s'épanouir, qu’elle sortent de leur cuisine, de leur salon. Quand on compare au 19ème siècle où toutes les femmes étaient considérées soit comme des putes dans les cabarets de Toulouse-Lautrec, soit comme des mères nourricières - la maman ou la putain - heureusement qu’on a un peu évolué !

Pour vous, la fêtes des mères c’est une fête pétainiste, une invention marketing ou un joli hommage aux mamans ?

Comme mon personnage l’explique dans le film, c’est un hommage aux mères qui essaient d’être des moteurs de paix et de réconciliation. C’est Anna Gerbis qui est à l’origine de la fête des mères, une Américaine dont la mère était infirmière pendant la guerre de Sécession. Elle a essayé de soigner les soldats des deux camps et fait en sorte que toutes les mères en pleine guerre civile se réunissent autour de l’amour, de la protection, de la bienveillance.

Mais maintenant, dans l’idée collective, c’est devenu une fête pétainiste, et donc de ce fait une fête marketing, qui enferme les femmes dans leur rôle de mère, et puis c’est tout. Autrement dit, une fête phallocrate, machiste, paternaliste, c’est un peu comme ça qu’on la perçoit en France, la fête des mères. Alors qu’à l’origine c’était plus un hommage à des femmes qui cherchaient à faire la paix plutôt qu’autre chose.

La mère que vous ne voudriez jamais être ?

C’est terrible ce qui vient de se passer dans ma tête, aujourd’hui c’est vraiment une sorte de thérapie avec vous toutes ce matin (les journalistes), pourtant j’aime profondément ma mère, je l’admire et la respecte, je trouve que c’est une femme formidable mais je lui reprocherai toujours (bien que ce soit malheureusement intrinsèque à tous les parents mais surtout les mères) d'être très angoissée, de voir le danger et la mort partout. Du coup, c’est vrai que si j'étais maman (enfin, je suis belle-maman) j’essaierais de pas être comme ma mère l’a été, c’est-à-dire une montagne d’angoisse. Trop d’angoisse.

Le duo mère/fille qui vous touche vraiment ?

la lecon de piano lady bird

Dernièrement, j’ai vu un film qui m’a bouleversée, que j’ai trouvé d’une grâce infini : Lady Bird. J’ai adoré ce film. Ce duo mère/fille me touche énormément, je le trouve très juste, très vrai. La mère aussi est très angoissée donc ça m’a peut-être beaucoup touchée.

Et évidemment, le duo mère/fille qui m’a bouleversée c’est dans La leçon de piano, parce que c’est un des premiers film féministe. C’est une femme qui se tait, parce que de toute façon la parole ne sert a rien dans un monde d’homme. Tout d’un coup, elle essaie de vivre sa vie et se détache de sa fille. Sa fille lui en veut mais lui pardonne. Je trouve que c’est l'un des plus beaux duos mère/fille.

Un rôle de mère ou de fille que vous aimeriez jouer au cinéma ?

Une mère qui n’a aucune angoisse et qui apprend à son fils ou à sa fille la légèreté, l’autodérision constamment, et ce que ça pourrait entrainer sur l'enfant, ou se demander si l’enfant lui-même pourrait recadrer sa mère. J’aimerais faire un duo avec un enfant où j’essaie de lui apprendre à rigoler de tout, tout le temps !

Retrouvez aussi le film de la semaine : La fête des mères et notre top 10 des expériences mère/fille.

Jeanne Besse

La semaine de Do It

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