Thriller psychologique, polar sombre, enquête rocambolesque, intrigue haletante, fausses pistes et autres rebondissements… On se pelotonne sous sa couverture et on dévore les derniers romans noirs. Peter Swanson qui s’amuse de nos certitudes, Jordan Harper aux manettes du pouvoir, Daniel Kraus pour tester les limites du vivant... Zoom sur 3 enquêtes authentiquement haletantes qui vont vous retourner le cerveau en deux temps, trois mouvements.
Un roman noir digne des plus grands

Le livre. Tout le monde sait de Jordan Harper
Le pitch. Si Los Angeles attire pour ses projecteurs et ses paillettes, elle cache un cœur obscur, une bête sombre tapie dans son ombre. La “bête” n’est autre que ce vaste réseau d’avocats et d’attachés de presse qui règne sur la cité des anges et qui protège les puissants et les dépravés par tous les moyens nécessaires. Mae Pruett est spécialisée dans la gestion de crise. Son job ? Sauver la réputation de ses riches clients lorsqu’un scandale menace de leur faire de l’ombre.
Lorsque son patron est tué devant le Beverly Hills Hotel après lui avoir confié une mystérieuse affaire, Mae décide de mener sa propre enquête. Elle croise la route de Chris, ancien flic déchu pour sa brutalité. Celui-ci joue les hommes de main pour un puissant avocat et cherche à découvrir ce qui se cache derrière ce meurtre. Un duo d’anti-héros particulièrement efficace dans une ville qui menace de s’embraser !
Pourquoi vous allez adorer ? L’amour et autres blessures, La place du mort, Le Dernier Roi de Californie... La côte Ouest des États-Unis est le terrain de jeux de prédilection de Jordan Harper, et son dernier roman n’y fait pas exception. Avec pour toile de fond un Los Angeles contemporain, ville favorite de Michael Connelly et de James Ellroy, l’écrivain construit une intrigue bien ficelée. Il opère avec habileté une plongée dans cette ville labyrinthique aux multiples facettes, faisant de la cité des anges un personnage à part entière de son récit. Un polar fascinant sur les dessous du pouvoir. Brillant !
Un huit clos haletant

Le livre. Whalefall de Daniel Kraus
Le pitch. Mitt Gardiner était un plongeur de renom, une légende locale, qui a mis fin à ses jours, abîmé par un cancer. Jay Gardiner, son fils, s’est lancé dans une quête insensée : retrouver les restes de son père décédé dans l’Océan Pacifique au large de la Californie. S’il sait sa mission vaine, il ne peut s’empêcher d’essayer. Depuis le suicide de son père, il est rongé par la culpabilité.
Sa plongée vire au cauchemar lorsqu’un calmar géant s’approche de lui, rapidement chassé par un cachalot de quatre-vingts pieds et soixante tonnes en quête de nourriture. Jay est pris au piège dans les tentacules, entraîné dans la bouche de la baleine et isolé dans le premier de ses quatre estomacs. Débute alors une course contre la montre, une heure avant que ses bouteilles ne se vident, une heure pour vaincre ses démons et s'échapper du ventre du cachalot. Alors que Jay se bat pour sa vie, il affronte son passé et replonge dans les méandres de ses souvenirs.
Pourquoi vous allez adorer ? Daniel Kraus fait partie de ces grands noms de la science-fiction contemporaine, il est notamment l’écrivain à l’origine de Trollhunters et La forme de l'eau, tous deux portés à l'écran par Guillermo del Toro. Avec Whalefall, il signe un thriller intense, scientifiquement précis et riche en émotions, qui flirte dangereusement avec le fantastique. Grâce à de courts chapitres et une écriture habile qui donne vie à l’impensable, l’auteur livre un polar hors du commun qui se lit d’une traite, le souffle court.
Un polar efficace qui joue avec nos nerfs

Le livre. Ceux pour qui on meurt de Peter Swanson
Le pitch. Martha Ratliff s'était faite à l'idée qu'elle passerait sa vie seule. Satisfaite de cette existence, elle se consacre pleinement à son travail de bibliothécaire archiviste. C'était sans compter sur sa rencontre avec Alan. Ce dernier est agent commercial, il vend des goodies à message lors de colloques universitaires. Entre eux, tout va très vite. Ils se marient et s'installent ensemble. Martha est souvent seule, Alan souvent sur la route. Et puis un beau jour, elle se réveille avec la désagréable impression d'avoir épousé un inconnu. Sentiment décuplé lorsqu'elle découvre une tâche de sang sur l'une de ses chemises au retour d'une conférence à Denver.
D'un naturel suspicieux, elle retrace les déplacements d'Alan et découvre cinq meurtres de femmes non résolus. Troublée, elle contacte Lily Kintner, une vieille amie, qui l’avait déjà tirée d’un mauvais pas à l’université. Ce que découvre cette dernière l'entraine rapidement dans une spirale de violences et de manipulation. Jusqu'où sont-elles prêtes à aller pour découvrir la vérité ?
Pourquoi vous allez adorer ? Peter Swanson n'en est pas à son coup d'essai. Auteur de Vis à Vis, de Huit crimes parfaits et plus récemment de Ceux qu'on tue et Ceux qu'on sauve, il vient clôturer sa trilogie avec Ceux pour qui on meurt. On y retrouve, avec plaisir, l'intrépide Lily Kintner qui joue avec les nerfs de ses lecteurs et sait nous tenir en haleine jusqu'aux toutes dernières pages. Celui qui n'a plus à prouver son talent pour les thrillers efficaces, livre ici un récit brillant, plein d'ingéniosité et de rebondissements. Peter Swanson offre un dernier opus surprenant, un grand final à couper le souffle, nous faisant déjà regretter son personnage principal.
Et toujours...
Un polar historique

Le bon roman : La Maison aux neuf serrures de Philip Gray
Le pitch. Bruxelles, 1952. Un incendie se déclare dans une imprimerie. Le commandant De Smet, appelé sur place, découvre le corps sans vie du veilleur de nuit, enfermé de l’intérieur. Pour le policier, rien dans cet incendie n’est le fruit du hasard. Gand, 1957. Adélaïs, fille unique d’un couple de graveurs, grandit avec un handicap qui limite ses mouvements. Son oncle, l’excentrique Cornelius, a changé à jamais la trajectoire de sa vie : tout d’abord lorsqu’il lui offre sa première bicyclette à tout juste douze ans et puis lorsque, à sa mort quelques années plus tard, il lui lègue une maison. L'énigmatique demeure se trouve dans un quartier mal famé de la ville, et est protégée par neuf serrures. La jeune femme ne va pas tarder à découvrir les secrets qu’elle renferme. Alors que cette découverte bouleverse le cours de sa vie, Adélaïs se retrouve dans la ligne de mire du commandant, prêt à tout pour que lumière soit faite sur la vérité.
Pourquoi vous allez adorer. En bon historien et journaliste, Philip Gray a l’art et la manière d’imaginer des polars historiques au suspense haletant : dixit son premier roman, Comme si nous étions des fantômes, qui se déroule en France au cœur de la Première Guerre mondiale. Avec La Maison aux neuf serrures, l’auteur nous plonge dans un thriller psychologique d’une grande noirceur qui n’est pas sans rappeler les romans de Ron Rash, à qui l’on doit notamment Une tombe pour deux. Dès les premières lignes, il campe une ambiance troublante, une intrigue habillement construite et un formidable personnage de femme, intrépide, indépendant et libre.
Un huis clos oppressant

Le bon roman : La cabane dans les arbres de Vera Buck
Le pitch. Cette histoire aurait pu débuter bien plus tôt, alors que Henrik hérite de la maison de son grand-père, nichée au cœur de la forêt suédoise. Mais ce lieu, encore empreint des fantômes de son enfance, ne verra âme qui vive avant que sa femme Nora n'insiste pour y passer des vacances en famille. À peine arrivés, une sensation d'oppression les étreint : tout d'abord, lorsqu'un inconnu offre des friandises à leur fils de 5 ans, et puis lorsqu'un squelette d'enfant est découvert dans les bois par une passionnée de botanique. En effet, Rosa met à jour une méthode afin de localiser les cadavres dans la forêt… en s'aidant du feuillage des arbres. Le coup fatal est porté alors que le petit garçon disparaît subitement. Alors que ses parents remuent ciel et terre pour le retrouver, Rosa découvre un terrible secret renfermé par la forêt depuis de nombreuses années. La disparition de Finn a-t-elle un lien avec le cadavre retrouvé ? Ou avec cette cabane en ruines perchée dans le vieux frêne ? Ou encore avec ce secret qui ronge Nora ?
Pourquoi vous allez adorer ? Vera Buck n’en est pas à son coup d’essai lorsqu’il s’agit de camper des ambiances pesantes. On se souvient de son premier roman Les Enfants loups, prix Le Point du polar européen, au cœur des montagnes allemandes. Avec La cabane dans les arbres, l’auteure rejoint la Suède et livre un thriller psychologique brillamment mené. Sous les yeux de quatre personnages singuliers et bien campés, la forêt hostile se dévoile et livre ses plus sombres secrets. En y mêlant un peu d'imaginaire, de surnaturel et de folklore suédois, Vera Buck nous plonge dans les méandres de la mémoire traumatique et dans la noirceur des secrets de famille. Addictif !
Un roman noir parmi la mafia romaine

Le bon roman : La Suédoise de Giancarlo de Cataldo
Le pitch. À 23 ans, Sharon mène une vie ordinaire dans la banlieue de Rome. Elle vit avec sa mère invalide et enchaîne les petits boulots précaires. Son quartier se fait appeler les Tours, un véritable labyrinthe de béton au cœur duquel elle fait les quatre cents coups avec Fabio. Sa vie bascule le jour où elle effectue une mystérieuse livraison pour le compte de son copain. Un nouveau monde s’ouvre à elle. Elle est désormais La Suédoise et, sous la protection d’un aristocrate blasé qui se fait appeler Le Prince, elle entame son ascension criminelle. Cette alliance troublante, entre filiation et initiation, attire l'œil de la mafia, la vraie, qui la surveille avec autant de haine que de respect. Comment une vie bercée d’illusions et de rêves trop grands peut-elle basculer dans la spirale redoutable d’une marginalité sociale ?
Pourquoi vous allez adorer. Giancarlo de Cataldo est indéniablement l’un des maîtres italiens du polar contemporain. Avec La Suédoise, il campe son intrigue en plein Covid-19, alors que la pandémie entrave les trafics et transforme ces HLM en théâtres vivants où se jouent des drames humains. Les Tours, véritables personnages à part entière, deviennent le miroir d’une société gangrenée par la mafia, entre solidarité et violence, pauvreté et aspiration, espoir et désillusion. Le must ? L’écrivain est un ancien magistrat, d’où le réalisme dans la description des mécanismes mafieux et du système judiciaire italien.
Une enquête hautement politique

Le bon bouquin : Les Fugitifs de Abir Mukherjee
Le Pitch. Alors que les États-Unis voient s’affronter deux candidats prêts à tout pour conquérir la Maison Blanche, une bombe explose dans un centre commercial de Los Angeles. L’attentat est rapidement revendiqué mais le FBI ne croit pas que les Fils de Califat en soient les auteurs. Une course effrénée à travers le pays commence alors. Mais l’organisation contre laquelle ils se battent semble les dépasser totalement.
De l’autre côté de l’Océan, en Angleterre, un homme apprend que sa fille pourrait être impliquée dans un attentat ayant fait des milliers de victimes. Rapidement, la culpabilité le ronge : était-ce une bonne idée de vouloir impliquer ses filles en politique ? Sa décision est prise, il s’envole, prêt à tout pour la retrouver avant le FBI, persuadé de son innocence. Et vous, que seriez vous prêt à faire pour vos enfants ?
Pourquoi vous allez adorer ? Abir Mukherjee avait habitué ses lecteurs à des décors moins modernes. Jusqu’à présent, l’auteur campait ses intrigues au cœur de l’Inde coloniale au milieu des années 1920, on lui doit notamment Le Soleil rouge de l’Assam et L’Attaque du Calcutta-Darjeeling. Avec Les Fugitifs, il retrouve notre monde contemporain et livre un thriller politique terriblement ancré dans notre actualité mondiale. Une écriture fluide qui sert une enquête menée tambour battant, des personnages bien fouillés et attachants, quelques jolis paysages de l’Amérique rurale qui défilent par la fenêtre... On reconnaît sans mal la plume de l’auteur et on se laisse porter, page après page, jusqu’au dénouement final.
Une plongée dans la psyché humaine

Le bon bouquin : À Retardement de Franck Thilliez
Le Pitch. Eleonore Hourdel est psychiatre dans une unité pour malades difficiles (UMD). Ses vieux démons reviennent la hanter le jour où un homme se suicide dans son salon. À Paris, une femme disparaît mystérieusement dans le parc des Buttes-Chaumont. Son corps n’est jamais retrouvé. Aux alentours de la capitale, un homme est retrouvé mort, un entonnoir dans la gorge et le ventre criblé de dizaines de coups de couteau. Le hic ? L’homme semble avoir fait disparaître ses empreintes digitales, rendant impossible son identification.
À l’UMD, un patient est admis. Il est extrêmement violent, désorienté, persuadé d’être poursuivi par des vers. Est-il le lien entre toutes ces histoires ? Votre confusion est totale ? Pas de panique. La mécanique Franck Thilliez se met en marche, les pièces du puzzle s’imbriquent et la magie opère.
Pourquoi vous allez adorer ? Après Le Manuscrit inachevé, Le Syndrome E et une flopée d’enquêtes menées par son célèbre inspecteur Sharko, il faut dire que Franck Thilliez n’a plus à prouver son talent. L’auteur a l’art de sonder l’âme, de plonger dans ce que la psyché humaine a de plus sombre pour en étudier le cerveau, souvent torturé ou abîmé. Avec À retardement, il mêle le meurtre, le délire psychiatrique, la parasitologie avec brio et arrive à faire se côtoyer le malade mental, la psychiatre et le flic ténébreux sans le moindre de faux pas.
Un thriller façon Taxi Driver

Le bon bouquin : Taxi de nuit de Jack Clark
Le Pitch. Edwin Miles est chauffeur de taxi pour la compagnie Sky Blue à Chicago. Il connaît chaque artère, chaque ruelle de cette ville en proie à la violence, aux gangs, aux dealers et aux parias en tous genres. La nuit, il sillonne la ville, des quartiers les plus huppés aux plus mal famés.
Alors, quand un tueur en série terrorise la ville et s’en prend aux chauffeurs de taxi, Eddie tente de garder la tête froide. Jusqu’au soir où il sauve une jeune femme, sauvagement amochée, et laissée pour morte au fond d’une ruelle sombre…. Alors que les clients se succèdent sur sa banquette arrière, bercé par le ronronnement du moteur, Eddy mène enquête.
Pourquoi vous allez adorer ? Avec Taxi de nuit, Jack Clark livre un premier roman sans fausse note. D’une écriture franche et sans fioritures, il nous plonge dans un huis clos au suspense difficilement soutenable. La fracture sociale, le racisme, la violence des grandes villes et la solidarité nécessaire pour la contrer… tout y passe ! Le must ? L’auteur est un ancien chauffeur de taxi et il faut dire que son roman sent le vécu. Habitué à arpenter Chicago la nuit, il livre un récit au réalisme hors du commun. “Mon roman préféré de l’année”, dixit Tarantino, s’il fallait terminer de vous convaincre.
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