5 choses que vous ignoriez sur Yves Saint Laurent

Symbole de la vie parisienne dans ce qu’elle avait de meilleur, la légende de la mode et de l’élégance s’éteignait il y a déjà dix ans, laissant derrière lui des classiques immortels. À l’occasion de cet anniversaire, le journaliste Bertrand Meyer Stabley et la styliste Lynda Maache explorent l’enfance, la sensibilité et les amours de Yves Saint Laurent pour tenter de cerner cet énigmatique personnage. Entre génie créatif et profonde mélancolie, cette biographie illustrée de photos et enrichie par le témoignage de sa petite sœur Michèle nous dresse le portrait d’un homme fascinant dans sa singularité. 5 choses que vous ne saviez pas sur l’un des plus grands couturiers des deux derniers siècles.

Une mère aux lourds secrets

La naissance en 1936 à Oran d’Yves Saint Laurent changera la vie de Lucienne, cette mère dévouée dont la jeunesse fut meurtrie par de nombreux traumatismes. Née en 1914 d’un viol, Lucienne est confiée à une nourrice pour ne pas entacher l’honneur de la famille et y restera plusieurs années. C’est seulement à cinq ans que la petite fille rejoindra sa maman Marianne, récemment mariée à Edmond, un ingénieur belge qui accepte de reconnaître la “bâtarde”. Mais à quinze ans, Lucienne aurait à son tour été victime d’une tentative de viol par ce père adoptif. Si son union avec Charles Mathieu-Saint-Laurent lui apportera un statut social et un train de vie confortable, une relation extra conjugale avec un officier donnera naissance à Brigitte en 1945, la dernière sœur d’Yves Saint Laurent. Ces secrets ne seront révélés qu’à la toute fin de vie de Lucienne.

Une jeunesse double à Oran

C’est à Oran, entouré presque exclusivement de femmes, qu’Yves Mathieu-Saint-Laurent de son nom complet passera ses dix-huit premières années dans un milieu bourgeois et cultivé. Choyé par ses deux sœurs cadettes et sa mère adorée, le seul garçon de la fratrie se découvre rapidement une passion pour la mode et... son pantalon de golf: “Yves était fou d’un pantalon de golf, se souvient sa sœur. C’était une seconde peau. Il dormait même avec. Il a fallu se battre pour le récupérer et le donner au nettoyage.” Mais l’école catholique, où il est cruellement exclu par ses camarades pour son côté efféminé, devient son cauchemar. Traité de “tapette” durant des années, Yves devient le souffre-douleur d’une petite bande qui s’amuse à le brutaliser et à le terroriser. Pour ne pas subir ces sévices, il tente de cacher à tout prix son homosexualité et grandira avec une double identité.

Un génie (très) précoce

Autodidacte, c’est très tôt qu’Yves Saint Laurent se découvre une passion dévorante pour la couture et fait autorité en matière de conseils vestimentaires auprès des femmes de sa vie. À à peine dix ans, le petit garçon découpait déjà des robes dans du papier, avec un mélange d’encre et de gouache, pour habiller les poupées de sa sœur : “Yves avait une imagination débordante, se souvient sa sœur Michèle. Il était metteur en scène, acteur, costumier. À six ans, il me déguisait en Carmen avec les bas noirs de la concierge et en faisant autant avec ma cousine Catherine. Son obsession ? Embellir, façonner, transformer. Son modèle ? Sa mère ! Fasciné par une robe en tulle blanc que Lucienne portait pour se rendre aux bals, le couturier en recréera une version dès son arrivée dans la maison Dior.

Zéro diplôme en poche

S’il a étudié trois mois dans une école de coupe dont il a vite eu horreur (la prestigieuse École de la chambre syndicale de la couture parisienne), c’est seulement grâce à son coup de crayon inné, aux nombreux prix qu’il remporte (aux côtés d’un certain Karl Lagerfeld) et aux mentors comme Christian Dior (qu’il appellera toute sa vie “Monsieur Dior”) ou Michel de Brunhoff, le directeur de Vogue, qu’il tracera son chemin dans le monde très fermé de la haute couture.

Victime de coups de folie

Si son plus célèbre passage en hôpital psychiatrique pour dépression fut son premier, en 1960, après avoir été licencié abusivement par la maison Dior (Yves Saint Laurent ne pesait alors plus que 35 kg !), la carrière et le caractère du couturier se définissent par une succession régulière de crises nerveuses, tentatives de suicide, angoisses paralysantes voire de coups de folie lors de ses passages en clinique. Avide de drogues à la mode, d’alcool, d’anxiolytiques, de partenaires sexuels à gogo et de jeux mortifères, YSL explore son côté sombre et autodestructeur. Pendant une période, il ira même jusqu’à fumer 150 cigarettes par jour. Lors de ces montagnes russes émotionnelles qui lui causeront des troubles d’élocution et des crises d’anorexie et de boulimie, seul son chien Moujik, un bouledogue français, saura le réconforter.

Livre biographique sur Yves Saint Laurent de Bertrand Meyer Stabley et Lynda Maache, Bartillat editions

Yves Saint-Laurent, le soleil et les ombres, Bertrand Meyer Stabley et Lynda Maache, Bartillat, 336 pages, 25 €

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Héloïse Rocca

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