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Frank Berton, la nouvelle star du barreau

Vous avez toujours rêvé de connaître le quotidien d’un défenseur de meurtriers ? Les raisons qui poussent ces ténors du barreau à défendre des terroristes comme Salah Abdeslam ? La journaliste Elsa Vigoureux exauce vos vœux dans son palpitant Journal de Frank Berton, qui relate les journées très chargées de l’avocat pénaliste qu’elle a suivi pendant trois ans.

 

Dans la peau de clients très spéciaux

L'avocat Frank Berton et la journaliste Elsa Vigoureux

Dominique Cottrez, Fabienne Kabou, Salah Abdeslam... Si ces noms vous disent quelque chose, c’est qu’ils ont défrayé la chronique pour des crimes sordides allant de l’infanticide multiple aux attentats meurtriers.

Pour les accompagner, la version lilloise d’Eric Dupond-Moretti ne se contente pas de défendre ses clients. Il met aussi un point d’honneur à se glisser dans leur peau, aussi terribles que soient les accusations. Lors de l’annonce du verdict réservé à Dominique Cottrez, cette femme accusée d’avoir tué huit de ses bébés, Frank Berton se lève donc “Comme toujours, pour entendre ma condamnation”. L’avocat devient Dominique Cottrez, qui est condamnée à neuf ans de prison ferme. Un mécanisme coûteux pour un homme qui jongle entre plusieurs clients : lorsqu’un accusé est condamné à une lourde peine, Frank Berton ne peut s’empêcher de le prendre personnellement et broie du noir pendant plusieurs jours.

 

Un gangster du bon côté de la barre

Cheveux gominés en arrière, costard noir, chaussures cirées, gueule cassée d’acteur, grosse voix de fumeur (l’avocat carburait jusqu’il y a peu à trois paquets par jour !), lunettes de soleil et collection de voitures de sport : Frank Berton maîtrise tous les codes du gangster de film. Sauf que plutôt que d’être derrière les barreaux, le lillois a ses habitudes au Zimmer Place du Châtelet. Il s’en est pourtant fallu de peu pour que l’avocat ne bascule du mauvais côté de la barre : ancien DJ dans des boîtes de nuit du nord de la France, livreur de pizzas en patins à roulettes... Rien ne destinait l’enfant battu issu d’un milieu défavorisé à devenir une star du barreau. C’est armé de ses souffrances, en se glissant dans celles des autres, en devenant le héros des faibles et le protecteur des femmes que Frank Berton a su saisir sa chance pour ne pas mal tourner.

 

Un homme très bien entouré

Sa notoriété publique lui a ouvert les portes du pouvoir et du showbiz. En plus de dîner régulièrement avec Alain Delon, Marion Cotillard ou Mélissa Theuriau, Frank Berton cultive secrètement son rêve de gosse auprès des hommes de pouvoir : devenir un jour garde des Sceaux. Il faut dire que l’avocat ne manque pas d’égo : compétitif, il est toujours très attentif à son image et se montre notamment contrarié lorsqu’il découvre que le classement GQ des avocats les plus puissants de France ne le place qu’en vingt-troisième position...

 

Une vie privée reléguée au second plan

Malgré son emploi du temps de ministre et ses déplacements constants aux quatre coins du monde, Frank Berton a tout de même trouvé du temps pour fonder une famille avec sa femme et associée, Bérengère. Si les vacances avec ses deux grands fils et sa fille encore en primaire sont rares, l’avocat se ressource régulièrement dans son moulin de Maintenay avec ses canards et ses carpes. Il n’y lâche presque jamais son téléphone pour autant : “Se dérober au rythme de l’actualité, c’est comme lâcher les pédales d’un vélo en pleine pente. C’est risqué.” Son astuce pour se détendre entre deux audiences ? Attraper des Pokémon où il en trouve avec son téléphone !

 

Une victime de menaces en tout genre

Pas facile de défendre l’homme le plus détesté du pays. Lorsque Frank Berton accepte de prendre en charge le dossier de Salah Abdeslam, seul survivant parmi les auteurs présumés des attentats du 13 novembre 2015, l’avocat doit affronter les nombreuses menaces de mort et insultes qui fusent régulièrement. Au lendemain de l’attentat de Nice du 14 juillet 2016, alors que l’avocat s’occupe déjà de la défense du terroriste, il reçoit par dizaines des courriers et appels à son cabinet le traitant “d’enculé”, de “honte pour notre pays”, les expéditeurs regrettant que lui et ses proches n’aient pas été sur le lieux du massacre, lui, “l’avocat du diable” qui ferait mieux de “crever lui aussi”. Un poids lourd à porter pour celui qui défend corps et âme le droit à la justice pour tous. Malgré sa volonté et sa force de ne pas plier face aux menaces, malgré l’affection qu’il ressent pour ce gamin paumé, Frank Berton finira par lâcher ce client qui refusera catégoriquement de parler à la barre.

Livre de Elsa Vigoureux, éditions flammarion

Le journal de Frank Berton, Elsa Vigoureux, Flammarion, 21 €

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Heloïse Rocca

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