Guillaume Robert : l’éditeur qui compte chez Flammarion

guillaume robert cv

Figure du nouveau Saint-Germain, Guillaume Robert est sans aucun doute l’éditeur le plus contemporain de sa génération. Les auteurs et les livres de son écurie, chez Flammarion, sont aux mieux des succès en librairie, souvent des bijoux parmi lesquels on retrouve Florian Zeller, David Foenkinos, Simonetta Greggio mais aussi Estelle Lefébure et sa géniale méthode Orahe et autres pépites “réconfortantes”, comme il aime les qualifier…

Dandy marathonien, Guillaume Robert se plaît à réinventer les genres, à l’instar de ses propres aspirations... La preuve : le directeur littéraire de Flammarion, il publie aussi bien des romans que des manuels healthy ou ovnis éditoriaux en jonglant avec son amour pour les lettres, la vie saine, la réflexion positiviste. Un Garçon Moderne, comme il aime se qualifier sur son compte Instagram ultra inspirant….

En quoi consiste réellement le travail d'éditeur ?

La première fonction d'éditeur, c’est un peu “chasseur”. Être en éveil tout le temps. Heureusement que j’ai de grandes oreilles ! Il s’agit avant tout d'observer les tendances, les modes, pour pouvoir répondre aux désirs des lecteurs. Être attentif. C’est une partie du métier.

Le deuxième rôle, c’est accompagnateur. Etre à l’écoute des auteurs. Un auteur, c’est quelqu'un qui doute, qui a peur, qui cherche de l’inspiration. Le job d’éditeur consiste à le rassurer et l'accompagner aussi bien dans l’écriture du texte que dans la vie de tous les jours, du choix d’un projet à la couverture du livre.

Si vous deviez résumer votre job ?

Je me sens un peu impresario. A l’ancienne ! Je les aide aussi bien à choisir leur nouveau projet littéraire, que la cravate à mettre ce soir au dîner de gala. Je suis autant au courant des trois livres à venir de mes écrivains que de leurs histoires de cœur.

C’est compliqué de gérer un écrivain ?

La patronne du service de presse du Seuil de l’époque m’a dit pendant mon premier stage : “Puisque vous avez su vous occuper de malades (j’avais travaillé avec des malades du Sida à l'hôpital), vous saurez vous occuper d’auteurs”. Quelque part, j’avais appris mon métier avant !

Editeur chez Flammarion… Un métier qui fait fantasmer beaucoup de monde. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Mon parcours est assez classique. J’ai été au lycée Montaigne. Puis j’ai étudié les Lettres Modernes à la Sorbonne, mais je ne voulais pas être prof… Du coup, j’ai commencé très tôt à faire des stages dans l'édition. J’ai commencé au Seuil, que j'ai appelé naïvement… parce qu’ils avaient publié Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez. La standardiste, Nicole, m’a mis en relation avec le service de presse : “Il n’y pas assez souvent de garçon chez eux, je vous les passe”. J’ai commencé comme ça trois jours après avant de passer quelques mois plus tard à l’édito. Une fois qu’on rentre dans le sérail, le plus gros est fait... Parallèlement, j’ai obtenu le master d'édition à la Sorbonne avant mon stage de fin d’études à l'Olivier. Un pur bonheur, avec tous mes auteurs préférés du moment : Marie Desplechin, Christophe Honoré… Tous les gens de ma génération. J’ai été appelé chez Flammarion pour un premier job. Un remplacement qui devait durer 3 mois. 18 ans plus tard, j’y suis toujours.

Quel est "l’écrivain" que vous avez découvert ?

florian zeller neiges artificielles

Le premier auteur que j’ai publié, c’est Florian Zeller, pour son premier roman qui s’appelle Neiges Artificielles. Il a plus tard obtenu le Prix Interallié pour La fascination du pire… Lui avait 21 ans, moi 27. C’était vraiment ce qu’on appelle la chance du débutant. On s’est croisé une fois. Il m’a confié son texte parce qu’il ne connaissait personne dans l'édition. J’ai eu un vrai coup de cœur pour son roman…

Grâce à ce succès, j’ai eu la chance de pouvoir publier parallèlement à la non-fiction (dont je suis désormais en charge chez Flammarion) des romans et des auteurs comme Audrey Diwan, David Foenkinos, Thomas Lélu...

Peut-on devenir écrivain sans piston ?

Quand on est éditeur, on a envie de singularité, d'être surpris tous les matins.

Mon conseil : il faut accompagner son texte d’une lettre d’accompagnement qui sort du lot, tous les éditeurs de Paris vous le diront. Ça peut paraître formel, mais si le manuscrit a une jolie apparence, avec une belle typo comme “Garamond”, une jolie mise en page et un titre qui claque et qui surprend, sincèrement on a envie d’y aller…

Le piston, évidemment, ça compte parfois. Si un écrivain que j’admire me recommande un texte, bien sûr, je le regarde. Mais pour quelqu'un de parfaitement inconnu, si le sujet a l'air top et le titre mystérieux, on regardera. Ça n’arrive pas tous les jours, mais c’est notre cœur de métier.

Prix Goncourt, Femina, Flore... La machine des prix littéraires : une grande opération marketing ou une ode très française à la lecture ?

C’est un peu la fête du livre. Comme le salon du livre… En plus glamour. L’occasion une fois par an de parler littérature tous les matins à la radio, et d'avoir un écrivain au journal de 20h. Et ça, c’est pas que du business. C'est aussi l’occasion de mettre un gros coup de projecteur sur la littérature. Le fait d’avoir un livre qui cartonne, ça permet d’en faire plein d’autres… Moi, je trouve que c’est un folklore très sympathique dans un métier très artisanal.

Justement, quel est ton prix littéraire préféré ?

J’ai un faible pour le Prix de la Closerie des Lilas parce que ce ne sont que des filles et que ça se passe au printemps ! (rires) Les prix sont très masculins. Ça fait du bien d’avoir un prix avec des filles, surtout dans le contexte actuel !

Le roman de la rentrée littéraire à conseiller absolument ?

le dossier m

Le dossier M de Grégoire Bouillier, un auteur de génie qui vient de recevoir le Prix Décembre. C’est un projet fou de 880 pages, un nouveau Belle du Seigneur : le décryptage d'une histoire d’amour. Le volume 1, c’est Après et pendant l’amour. Le volume 2 qui sortira en janvier : Avant l’amour.

Le dossier M de Grégoire Bouillier aux Editions Flammarion

Votre dernier coup de cœur ?

summer livre

Chez Lattès : Summer. Je suis fou de ce livre et de cet auteur. C’est tout ce que j’aime.

Que répondre aux gens qui pensent que le papier, c'est fini ?

Papier ou pas papier, mon projet d’éditeur est le même : proposer des livres de qualité à des lecteurs. Si les gens trouvent que les 880 pages du roman du Dossier M sont trop lourds à porter dans leur sac et préfèrent le lire en tablette, c’est parfait. Après, je reste attaché au papier, surtout parce que je le suis au métier de libraire. Cela dit, le livre reste le cadeau n°1 des Français. Le livre papier est loin d’être mort et les chiffres du livre numérique ne sont pas dingues en France. Ça n’a pas explosé. D’ailleurs, est-ce que vous connaissez vraiment des gens qui lisent sur Kindle ?

On y croisait Aragon, Apollinaire, Sartre ou de Beauvoir… Qui pour les remplacer au Café de Flore en 2017 ?

cafe de flore robert doisneau

© Robert Doisneau

L’endroit où l’on croise assurément une personnalité du monde littéraire, c’est encore le Café de Flore. Moi, mon Café de Flore où je vais avec mes auteurs, mes amis, c’est le Hibou, mon QG.

Plus largement, je crois que le nouveau Café de Flore, c’est Instagram. C’est une vitrine d’inspirations, de rencontres super affinitaires.

Le succès littéraire qui vous épate ?

Le succès des livres réconfortants, qui font du bien. J’appelle ça de l’auto-développement. C’est vraiment une tendance forte qui va du bien-être à la santé en passant par la méditation ou la nutrition.

J’ai fait cette année un beau succès avec un livre qui s’appelle Foutez-vous la paix. C’est très réjouissant de faire des livres utiles, déculpabilisant et lus.

Ce qui continue de vous exciter dans ce métier ?

Les codes ont changé. Tout comme pour la créativité entre le cinéma et les séries, on peut faire des livres hybrides qui pourraient être des bouquins de développement personnel mais qui sont en fait des romans, des comédies légères mais qui parlent de sujets en fait assez métaphysiques comme “Il n’est jamais trop tard pour éclore” - Journal d’une late boomer … Tout est à réinventer, et c’est ça qui est hyper motivant.

Les livres qu'il faut avoir lus dans sa vie ?

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