L’interview tapis rouge de Frédérique Bel

Grande habituée de Cannes, Frédérique Bel foule chaque année le tapis rouge du festival de cinéma le plus glamour et photographié au monde. Pas étonnant que l’agence Cestpasdelacom ait choisi cette actrice sans langue de bois comme ambassadrice de l’événement “On Peut se tutoyer” à la terrasse du Gray d’Albion pendant le festival. L’occasion pour l’actrice de nous livrer ses confidences sur Cannes.

Votre premier tapis rouge de Cannes ?

C’était en 2006, je crois. C’était avec Emmanuel Mouret pour le film Changement d’adresse qui était mon premier rôle principal au cinéma. Je portais une robe blanche très romantique, j’étais blonde, avec des grandes bouclettes.

changement d'adresse film frédérique bel

© D.R.

Vous vous souvenez de ce que vous avez ressenti ?

J’étais un peu angoissée, en fait. Je n’avais pas pris le temps de sourire ni de me faire plaisir. Pourtant je suis mannequin, donc je sais gérer les flashes ! J’ai eu la mauvaise surprise de constater que pendant que vous montez les marches, un mec lit votre CV au micro. Quand vous avez fait 15 films, c’est sympa, vous pouvez traîner sur le tapis pour les photographes, poser, pour que chacun ait son image.. Ça fait partie du job.

Mais je ne connaissais pas encore les règles de Cannes. Moi, je n'avais pas fait énormément de choses. Le speaker annonce La minute blonde. Puis Camping... Je traîne un peu sur le tapis et je commence à entendre des trucs tout pourris. Genre figurante dans Commissaire Moulin... OMG ! J’ai découvert qu’en fait, si vous ne voulez pas qu’on ressorte vos casseroles, il faut courir vite dans l’escalier.

Je monte le tapis exprès le premier jour, car je sais que les gens sont avides d’images, alors que le 15ème jour, on n’en peut plus des robes à paillettes. Même les magazines importants ne les montrent plus ! Il y a un rejet : les robes de soirée et les bijoux, ça qui pique les yeux à la fin du festival.

Et puis, au fur et à mesure que Cannes avance, on dort de moins en moins et on a de plus en plus de cernes, donc de plus en plus de fond de teint. Si je faisais une photo à la fin, fin du festival, je pense que j’aurais un petit côté cartonneux qui serait assez laid à l’image.

Votre pire souvenir de Cannes ?

Quand mon pote qui est coincé en bas d’une fête et que je passe ma soirée à demander à l’organisateur de le faire monter en suppliant : “S’il te plait, c’est important, c’est mon producteur”... Ah non mince, j’ai déjà dit ça tout à l’heure... “C’est le frère de mon agent”. La réponse est toujours la même : “Oui mais... il faut qu’il soit sappé”. Tu mets ta parole en jeu, la main sur le cœur que oui, évidemment... Et quand tu découvres que ton pote est en chemise à carreaux… Dur.

Cannes, c’est un peu le concours de l’humiliation. C’est toi oui, toi non, sans qu’on sache pourquoi. Et encore maintenant. Ça m’est arrivé pas plus tard qu’hier. Un grand bijoutier te propose de te parer de 200 000€ de bijoux. Et son assistant te toise et te dit méchamment “En fait, on verra”... Alors que sa patronne a dit oui deux secondes avant, devant lui.

Ton meilleur moment à Cannes ?

C’était l’année dernière, à un dîner placé. J’arrive à la table 22, avec des gens qui ne se parlaient pas, je ne connaissais personne. Horrible. Je me suis mise à papoter sur la terrasse avec une petite blonde à côté de moi qui me parlait d’un scénario… Que je venais de refuser ! Je lui expliqué que je trouve le script très misogyne. La fille était tout à fait d’accord avec ma vison. Bref, ce dîner qui devait être une chienlit s’est transformé en script doctoring d’une heure et demie. Tout le monde partait… Et nous on était encore là à boire du vin et réécrire le scénario. Je suis rentrée sur le film autour d’un dîner comme ça, de façon complètement improbable.

Comment on se prépare à un tapis rouge ? Quelle robe, quel maquilleur ?

Idéalement, il faut choisir sa robe à Paris, parce qu’à Cannes c’est un peu trop tard. Et toujours avoir un plan B (vous oubliez votre robe à Paris, le couturier qui vous avait promis de la livrer n’est encore arrivé…). Moi, j’essaye de raconter une histoire. Et cette année, avec cette robe de chez Yanina, j’ai voulu faire un Coachella chic parce que j’étais frustrée de ne pas y aller. J’aimais bien le fait qu’elle soit verte car le vert porte malheur, et donc peu d’actrices en portent, bien que ce soit la couleur qui se voit le mieux sur du rouge. L’année dernière, c’était l’histoire de Monica Bellucci qui serait tombée dans un vacherin…

carita frédérique bel

C’est-à-dire ?

Très Cinecittà, avec une robe un peu ample qui ressemblait un peu à un vacherin et un sac qui ressemblait à un berlingo. Ça faisait vraiment gâteau sucré, et justement c’est ça qui est rigolo, à la limite du Tim Burton et avec un chignon copier-coller de Claudia Cardinale ! Je m’étais entraînée chez moi.

frédéric bel cannes 2016

Vous vous coiffez vous-même à Cannes, malgré l’armée de maquilleurs et de coiffeurs sur place ?

Je le fais toujours moi-même en utilisant les produits René Furterer. Comme vous le savez, j’étais mannequin avant. Donc j’ai l’habitude de le faire, je connais bien mon visage et mes asymétries. Je n’ai aucune envie d’aller expliquer ma vie à quelqu’un pour qu’il mette 4h à faire ce que je fais parfaitement en 20 minutes.

furtherer cheveux soins

Behind the scene. Une anecdote “coulisse” que les gens ne connaissent pas.

Saviez-vous que l’organisation du festival fait passer les actrices françaises au début quand il y a encore plein de monde sur le tapis rouge… et les Américaines à la fin quand elles ont toute la place ? Moi, cette année, j’ai carrément mon pote qui est venue faire la police pour que les gens se poussent. Quand on porte une robe à 30 000 € et 200 000 € de des bijoux, on a besoin de photos qui fassent vraiment international avec tapis rouge, par respect pour le créateur.. J’essaie d’être la plus professionnelle possible vis-à-vis de mes sponsors.

Comment se passe un festival, concrètement ?

Moi, je viens toujours la veille. Cette année, j’ai dormi sur un bateau, et après je me suis installée au Majestic parce que mon couturier m'avait offert une nuit là-bas. J’adore quand le festival n’a pas encore commencé. Tout le monde est plein d’espoir. On croise des actrices avec les cheveux gras et en jean en mode “J’ai fini ma valise à 4h du mat’”.

Je me suis fait faire un soin chez Carita avant de venir. Et j’use et abuse du produit anti-âge hyper performant Mahila, à base de cellules souches végétales, qui rentre vraiment dans l’épiderme. Génial. Et puis je me fais masser tous les jours pendant Cannes. Sinon j’ai mal aux pieds, j’ai mal aux jambes. Je fais un peu la promo du film Les Sales Gosses (trop tôt) le matin, des déjeuners du Film Francais (le magazine mythique) où on doit avoir un minimum l’air digne, avant de sortir faire la fête.

Heureusement, je ne bois pas, je ne fume plus. Au fil des années, je m’allège ! Avant, par exemple, je portais des talons l’après-midi, là c’est fini. Il y a plein de choses que désormais je ne m’inflige plus.

majestic hotel barriere cannes

Minute brunette, ça fait quoi de passer du blond au brun ?

Depuis que je suis brune, j’ai des rôles différents, parce que les réalisateurs n’ont pas d’imagination, ils vous prennent en blonde pour un rôle de blonde et pareille en brune. Moi je ne suis ni blonde, ni brune, je suis avant tout une femme, et j’ai la possibilité de changer de couleur en une heure chrono. Non, mais quel stéréotype !

Je suis une des rares fausses brunes du cinéma… J’ai dû renier ma blondeur car j’ai incarné un personnage un peu trop fort dans la Minute Blonde avec lequel on avait fini par me confondre. J’ai essayé de casser les persistances misogynes à coup de hache, mais je me suis dit que c’était trop fatiguant, alors j’ai changé de couleur. Tout doucement, ça a glissé avec des rôles d’avocate, puis d’une directrice d’école autoritaire et un peu vénale (Les Salles Gosses). Dans le film Crash Test Aglaé qui sort le 2 août, je suis une mère indigne droguée qui vomit devant ma fille. Très film d’auteur. Il aura quand même fallu qu’un Canadien vienne me chercher pour jouer une mère indigne. En France, on a du mal à me faire jouer des mères, du coup encore moins une mère indigne.

À la rentrée, je suis dans la grosse série phare de TF1, où je joue une mante religieuse dans une série très noire. Je ne vais pas spoiler mais le rôle est très intéressant, très évolutif, comme je n’ai jamais eu. Ça ouvre les portes à quelque chose de beaucoup plus noir. Dès que j’aurais enfin acquis ma noirceur nécessaire… Je redeviendrai blonde !

frédérique bel en blonde

© Best Image

Elodie Rouge

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