Kera Till : l’illustratrice que les marques de luxe s’arrachent

Un tracé fin associé à un style délicieusement féminin, vous avez certainement déjà remarqué les dessins élégants de Kera Till. A 35 ans, l’Allemande est l’une des illustratrices les plus convoitées du moment. Après Hermès, Ladurée et Vogue, c’est au tour de la maison d’écriture Faber-Castell de faire appel à la talentueuse Munichoise pour une collaboration autour de sa ligne premium Graf von Faber-Castell. L’occasion de discuter carrière avec cette compatriote de Karl Lagerfeld, qui s’exprime elle aussi dans un français parfait. Une langue qu’elle a apprise avec sa grand-mère française avant d’être scolarisée à l’école française.

kera till illustration do it in paris

Vous êtes diplômée en sciences politiques, comment avez-vous basculé dans l’illustration de mode ?

J’ai toujours dessiné, mais je ne me voyais pas me lancer dans une formation de graphiste, ni dans l’art. Après le bac, j’ai préféré suivre des études de sciences politiques à Munich, ça m’a beaucoup plu. Le vrai déclic a eu lieu durant mon stage chez net-à-porter à Londres. J’ai montré quelques-uns de mes dessins à une directrice artistique. C’est elle qui m’a donné mon premier éditorial à illustrer. Après ça, je me suis motivée : j’ai monté un portfolio que j’ai envoyé partout, je suis allée voir plein de gens. J’étais très culottée à l’époque, maintenant je ne le ferais plus ! C’était il y a 10 ans, il y avait des illustrateurs mais pas autant. Ça a tout de suite démarré.

Vos parents sont dans l’art, vous ont-il aidée à percer ?

Mon père était directeur de musée et ma mère était agent d’artiste, donc j’ai grandi dans cet univers mais je n’étais pas très motivée. Mon papa m’a toujours dit que si je voulais faire de l’art, il fallait que j’arrête de dessiner “ces petites filles et tous ces trucs de mode” ! De mon côté, je n’avais pas envie de faire de l’art contemporain, de peindre de l’abstrait ou d’être une artiste au sens où il l’entendait. D’ailleurs, je ne me considère pas comme une artiste.

Quelle est la différence entre un artiste et un illustrateur, selon vous ?

Mon inspiration découle principalement des briefs de mes clients. Bien sûr, j’ai aussi des idées. Mais j’aime bien que le client me dise ce qu’il recherche. Contrairement à certains artistes, je ne trouve pas ça désagréable du tout. Au contraire, j’adore être cadrée. Comme ça, c’est moins de travail et je sais que le client est content. Certains de mes clients japonais me font même des croquis au crayon pour me dire ce qu’ils veulent, je trouve ça génial !

Avez-vous eu un accélérateur de carrière ?

Ma première illustration dans le Vogue allemand m’a permis de me faire remarquer, parce que le magazine Vogue reste “la” référence. Et Ladurée bien sûr, mon client depuis plus de 8 ans, qui m’a donné énormément de visibilité. Tout le monde connaît Ladurée !

illustration kera till pour ladurée

Beaucoup de créatifs travaillent à la maison. Est-ce votre cas ?

Je travaille chez moi, mais j’ai aussi un bureau à l’extérieur. Parfois, j’ai besoin d’être seule pour me concentrer, dans ce cas je reste à la maison. Au bureau, je suis assistée d’une personne qui gère ma comptabilité et mon secrétariat et d’un graphiste qui s’occupe de toute la partie numérique. Il est plus doué que moi sur Photoshop, ça m’aide beaucoup. C’est vraiment agréable d’avoir de l’aide.

kera till bureau

24h dans la vie de Kera Till. Racontez-nous.

Ce n’est pas très glamour ! Je préfère me lever très tôt, mais j’ai aussi besoin d’avoir une vie sociale le soir… pas toujours facile de concilier les deux. Dans l’idéal, je me lève à 6h. Je commence à envoyer mes premiers mails depuis mon lit avec mon café. Je dessine toute la matinée. Vers midi, je prends ma douche, je m’habille et je rejoins des clients pour déjeuner. L’après-midi, je suis au bureau. Là, je m’occupe surtout de l’administratif. Le soir, je participe à des événements ou je vais dîner au restaurant, et il m’arrive d’aller nager dans la petite piscine de l’hôtel Bayerpost. Parfois je préfère tout simplement rester à la maison. Je fais aussi beaucoup de va-et-vient entre Munich et Hambourg, où vit mon compagnon journaliste. Il m’arrive d’y rester plusieurs semaines d’affilée.

A l’heure du digital, quel est votre rapport au papier ?

J’allie les deux. Je commence par dessiner avec mes crayons Faber Castell sur du papier. J’utilise beaucoup leurs aquarellable, ce sont des crayons que l’on peut mélanger à l’eau pour un effet aquarelle. Je me sers du numérique pour faire les retouches ou pour colorier. Une fois scannés, je peux retravailler mes dessins sur Photoshop.

Il m’arrive aussi de faire des photos avec l’iPhone, je re-dessine par-dessus. Et pour mon compte Instagram (@keratill), je m’amuse beaucoup à faire des dessins sur papier, je colle des taillures de crayon et j’en fais des photos.

Thank you for these inspiring and successful two days in Stein @grafvonfabercastell

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Votre moodboard : un tableau en liège ou Pinterest ?

Je compulse des livres de croquis, mais je travaille aussi avec Pinterest, et j’utilise beaucoup Instagram. Je consulte des comptes d’art et d’architecture ; je suis obsédée par les photos de façades. D’ailleurs, j’ai lancé un autre compte IG en cachette, sur lequel je ne poste que des façades et des devantures parisiennes (@paris_storefronts) !

Ça doit être fabuleux pour une illustratrice de collaborer avec une marque comme Faber-Castell !

C’est une marque de rêve pour moi. On voit tout de suite la différence avec des crayons classiques, ce ne sont pas les mêmes pigments, la couleur est beaucoup plus intense. Je leur fournis des illustrations pour leurs réseaux sociaux depuis 3 ans. L’année dernière, ils m’ont contactée pour changer leurs éléments de PLV. Le mot d’ordre ? La couleur justement. J’ai réalisé des dessins colorés sur le thème du cirque : un jongleur, une danseuse, un acrobate… que l’on retrouve aussi dans des carnets.

faber castell illustration kera till

Où peut-on vous croiser à Paris ?

Pour manger healthy, aller dans les bars, les clubs, c’est mille fois mieux en Allemagne !

Alors, quand je viens à Paris, je ne fais pas les trucs “branchés”. Je préfère miser sur les classiques : croquer des macarons chez Ladurée par exemple. J’adore m’asseoir au café Varenne pour observer les gens qui passent. D’ailleurs, l’autre jour, j’ai vu votre premier ministre qui y déjeunait !

Suivez l’actualité de Kera Till sur son blog, sur son compte instagram @keratill et retrouvez sa collaboration sur le site de Graf Von Faber-Castell.

Retrouvez aussi notre interview de l’illustratrice australienne Megan Hess.

 


Julie Zwingelstein

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